Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 18:34

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       Je viens de découvrir au hasard du web que certains ne s'embarrassent pas avec le droit de propriété intellectuelle.

Ma photo de globe prise au Musée du Quai Branly a été honteusement pillée par un internaute anonyme sur sa page Facebook, honte à lui...

Toutes les photos de ce blog sont les miennes à l'exception des images satellites ou des photos que certains élèves ont bien voulu me confier.

 

au fait la page est là

dommage c'est un groupe pour la promotion de la géographie...

 

Voici la page en question

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et la même page le lendemain, Facebook a réagi très rapidement et sur ma demande a supprimé la photo volée. L'auteur de cette page Facebook ne s'est toujours pas manifesté, j'attends...

 

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Par François Arnal - Publié dans : geofac - Communauté : Histoire Géographie
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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 09:21

 

 

Quand le pays devient paysage par la médiation de l’art.

 

salagou F Arnal land art

La spirale du Salagou. Land art par F Arnal 2011

http://www.flickr.com/photos/jardindemarandon/

 

Alain Roger, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Sciences Humaines », 1997, 205 p. (index).

Compte rendu de lecture.

 

L’auteur


Ancien élève de l’ENS Ulm, Alain Roger (1936- ) est agrégé de philosophie et docteur d’État. Il fut l'élève de Gilles Deleuze. Professeur d’esthétique à l’Université de Clermont Ferrand. Rien ne destinait ce philosophe français à écrire sur le paysage. Il se présente comme un « Raboliot » (un braconnier) du paysage qui chasse sur les terres des géographes, des historiens de l’art ou des paysagistes. Enseignant la philosophie, il s’est intéressé à la littérature et écrivit des romans en symbiose avec le paysage. Il rédige sa thèse d’État en esthétique en 1978. C’est à cette occasion qu’il affirme que tout paysage est un produit de l’art, d’une artialisation, notion qu’il emprunte à Montaigne. « Pourrions nous percevoir les nodosités rugueuses des oliviers, comme si Van Gogh ne les avait pas peintes, la cathédrale de Rouen comme si Monet ne l’avait pas figurée aux divers moments du jour dans des épiphanies fugitives ? » (Nus et paysages. Essai sur la fonction de l’art, 1978 p. 109). 


 

Mots-clés

Paysage, pays, artialisation, esthétique, nature, jardin, land art, géographie des représentations,  géohistoire.

 

Taormina Arnal paysage

l’Etna depuis Taormine F Arnal 2011

 

 

L’essentiel


Ce livre d’Alain Roger essaie en 1997 de combler un vide sur la théorie du paysage. Il manquait un véritable traité théorique et systématique malgré le renouveau pluridisciplinaire des recherches sur ce thème depuis une trentaine d’années. Reprenant à son compte le paradoxe d'Oscar Wilde selon lequel « la vie imite l'art bien plus que l'art n'imite la vie », l'auteur nous démontre que la sensibilité au paysage, qui n'est ni de tous les temps ni de tous les lieux, s'est constituée progressivement par l'intermédiaire de la peinture et de la poésie. Le paysage, nos paysages sont des inventions historiques, dues pour l’essentiel à des artistes.

Pour lui, le paysage n’est pas réductible à sa réalité physique, les géosystèmes des géographes, les écosystèmes des écologues, le paysage n’est jamais naturel, mais « surnaturel » (en référence à Baudelaire). La perception historique et culturelle de tous nos paysages (campagne, montagne, mer ou désert) s’opère par l’artialisation qui est largement développée dans ce livre. « Il en va de même pour la nature, au sens courant du terme. À l’instar de la nudité féminine, qui n’est jugée belle qu’à travers un Nu, variable selon les cultures, un lieu naturel n’est esthétiquement perçu qu’à travers un Paysage, qui exerce donc en ce domaine, la fonction d’artialisation. A la dualité Nudité, Nu, je propose d’associer son homologue conceptuel, la dualité Pays Paysage, que j’emprunte à l’un des grands jardiniers paysagistes de l’histoire, René Louis  de Girardin, le créateur d’Ermenonville » (p. 17).

 

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Le nombril du monde. Les dunes de Merzouga (Maroc) F Arnal 2004

 

Ainsi, du jardin – l’enclos médiéval comme le Jardin Planétaire de Gilles Clément [1] – au Land Art des artistes américains comme Christo qui habille le désert (Running Fence 1972/1976) ou Robert Smithson qui construit une spirale gigantesque sur un lac salé (Spiral Jetty, 1970, Utah) ce désir d’artialiser la nature est présent et figure comme un vêtement, un ornement que l’homme impose au « pays », le scarifiant en paysage éprouvant ce plaisir superbe de forcer la nature comme à Versailles. Alain Roger reprend les quatre critères de l’existence du paysage d’Augustin Berque*  [2]. Cela nécessite des représentations linguistiques (un ou  mots pour dire « paysage »), des représentations littéraires orales ou écrites décrivant les beautés du paysage, des représentations picturales, ayant pour thème le paysage, des représentations jardinières traduisant une appréciation esthétique de la nature. En dehors de la Chine ancienne, les quatre conditions ne sont réunies en Occident qu’à partir de la Renaissance avec l’invention de la fenêtre, de la perspective et de la laïcisation de la nature.

(A Berque, Les raisons du paysage. De la chine antique aux environnements de synthèse, Paris, Hazan, 1995, p 34,35).

 

 

(1) Gilles Clément, Manifeste du Tiers Paysage, Paris, Éditions Sujet/Objet, coll. « L’Autre Fable », 2004.

Salagou

La friche et le Tiers paysage dans le lodévois près du Lac du Salagou. F Arnal 2011

Gilles Clément est ingénieur horticole, entomologiste, paysagiste et enseignant à l’École nationale supérieure du Paysage de Versailles. Auteur de nombreux ouvrages, essais ou romans, il développe le concept de « jardin en mouvement ». Analysant les paysages, il  s’intéresse aux délaissés ou à la friche. Leur origine est multiple : agricole, industrielle, urbaine, touristique. Ces délaissés sont des refuges pour la biodiversité, des réserves par soustraction du territoire anthropisé. « Fragment indicible du jardin planétaire, le Tiers paysage est constitué de l’ensemble  des lieux délaissés par l’homme. Ces marges assemblent une diversité biologique qui n’est pas à ce jour répertoriée comme richesses. Tiers paysage renvoie à Tiers-état (et non à tiers-monde). Espace exprimant ni le pouvoir, ni la soumission au pouvoir » (posface).

 

 

 

Gros plan : la double artialisation : paysage et art.

 

Dans la dualité « pays, paysage » A. Roger souligne que le pays n‘est pas d’emblée un paysage faute de sensibilité esthétique. Il prend l’exemple de la Montagne Sainte Victoire : « l’abrupt rocheux de la Sainte Victoire toute baignée d’horreur dantesque » pour Maurice Barrès (La colline Inspirée, 1913). A. Roger reprend ensuite : « nous  voyons désormais la Sainte-Victoire avec les yeux, non  de Dante, mais avec ceux du peintre Cézanne » (…) La butte Montmartre ressemble à Utrillo, le port de Rouen à Marquet, la campagne d’Aix-en-Provence à Cézanne (Charles Lapique). Que dis-je, ressembler : la montagne Sainte Victoire finit par n’être qu’un Cézanne. Cézanne était d’ailleurs tout à a fait conscient du fait que pour ses contemporains, à commencer par les paysans de Provence, aucun « esprit » ne « soufflait » sur la Sainte Victoire, rien d’une montagne inspirée, puisque, comme il l’écrit à son ami Gasquet, ils ne la "voyaient" même pas ».

 Ainsi lors de l’incendie de 1989, il fut décidé de restaurer les paysages au pied de la montagne « à la Cézanne ».

 

Ste Victoire

La Sainte Victoire F Arnal 2011

 

[2] A. Berque, M. Conan, P. Donadieu, B. Lassus, A. Roger, Cinq propositions pour une théorie du paysage, Seyssel, Éditions Champ Vallon, coll. « Pays, Paysages », 1994. 

 


Les auteurs viennent d’horizons différents : Augustin Berque* est géographe, Michel Conan est urbaniste et architecte, Bernard Lassus est architecte, paysagiste et plasticien, A. Roger est philosophe. Les membres de cette équipe encadrent le DEA « Jardins, paysages, territoires » associant l’École d’architecture de Paris-La Villette et l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Cet ouvrage est un livret manifeste sur les idées directrices de l’équipe enseignante reprenant leurs travaux divers et leurs théories concepts majeurs. Ils sont à l’origine d’un regain d’intérêt pour l’étude de l’histoire des jardins et de l’architecture du paysage en France dans les années 1970. « Le paysage ne se réduit pas aux données visuelles du monde qui nous entoure. Il est toujours spécifié de quelque manière par la subjectivité de l’observateur ; subjectivité qui est d’avantage qu’un simple point de vue optique. L’étude paysagère est donc autre chose qu’une morphologie de l’environnement. Inversement le paysage n’est pas que le "miroir de l’âme". Il se rapporte  à des objets concerts, lesquels existent réellement autour de nous. Ce n’est ni un rêve, ni une hallucination ; car ce qu’il représente ou évoque peut être imaginaire, il existe toujours un support objectif. L’étude paysagère est donc autre chose qu’une psychologie du regard » (p. 5).

 

 

 

Portée de l’ouvrage

 

 cairn galinière Arnal Land art

Le cairn de la Galinière : commune de Châteauneuf-le-Rouge au pied de la Ste Victoire (Bouches du Rhône)

F Arnal 2011

 

Cet ouvrage sert souvent de référence à la géographie du paysage, alors que celui de J.-R. Pitte [3] l’est sur l’histoire  En montrant que le regard sur la montagne (« du pays affreux aux sublimes horreurs ») ou les littoraux (« l’invention de la mer ») a changé par la médiation de l’art, A. Roger souligne la partie subjective de notre perception des paysages et des espaces. Repris par les tenants de la géographie culturelle ou de la géographie des représentations, cette subjectivité du regard est essentielle, le paysage n’est pas qu’une portion de nature. « La perception du paysage exige et du recul et de la culture » (p. 117 in Cinq propositions pour une théorie du paysage). Cependant l’artialisation peut présenter un point de vue élitiste sur le paysage, pourquoi le paysan parfois qualifié de « jardinier du paysage » ne verrait il pas et ne contemplerait-il pas lui aussi le paysage ? Faut il absolument connaître les maîtres de la peinture pour apprécier nos paysages ? Enfin se pose la question de la sanctuarisation. Le paysage provençal doit il être figé au XXIe siècle comme Cézanne l’a peint ? Le mérite d’Alain Roger est de distinguer nettement paysage et environnement. La notion de paysage est d’origine artistique alors que le concept d’environnement est d’origine scientifique. Si la connaissance des géosystèmes est indispensable, elle ne suffit pas à déterminer les valeurs paysagères qui sont essentiellement culturelles.

 

[3] Jean-Robert Pitte, Histoire du paysage français, t.1 : Le sacré, de la Préhistoire au XVe siècle ; t. 2 : Le profane, du XVIe siècle nos jours, Paris, Taillandier, 1983, rééd. 2003 (42 cartes, 45 ill.).

 

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La plaine d'Alsace et les Vosges F Arnal 2008

 

J.-R. Pitte a orienté ses recherches vers l'histoire du paysage ainsi que vers l'étude de la gastronomie. Ouvrage de géohistoire, cette étude souligne la manière dont les activités humaines ont façonné le paysage, depuis l'urbanisation ou la création des routes de la Gaule romaine, les défrichements médiévaux jusqu'aux remembrements modernes et à la construction des grands ensembles au XXe siècle. Il oppose une première période marquée par un rapport « sacré » avec la nature et l'organisation urbaine, jusqu'au Moyen Âge, au traitement « profane » de l'espace qui caractériserait l'époque moderne depuis la Renaissance, au risque d'aboutir à l'époque contemporaine à la mise en place d'un « paysage banal ». Le paysage français est le fruit de ces multiples héritages dans une diversité qui est le fruit, non seulement de la Nature, mais plus encore de la Culture. « Façonné par deux cents générations d'hommes, le paysage de la France est le plus divers qui soit : ne s'accorde-t-on pas à y reconnaître plus de six cents régions agricoles ? Cette diversité est fille de la nature, mais plus encore de la culture : contrairement aux idées reçues, il ne saurait exister en France le moindre pouce carré d'espace « naturel » (présentation de l’éditeur).

Cet ouvrage est devenu un classique de la géographie descriptive historique, le paysage étant saisi chez J.-R. Pitte comme une réalité visuelle objective dans la tradition de la géographie classique française (R. Dion pour la vigne par exemple). Pour sa nouvelle édition revue et augmentée en 2003 l’auteur livre des clefs pour la compréhension de notre environnement et affirme la centralisé de l’aménagement du paysage dans la naissance et le développement de l’identité française.

 

Pour aller plus loin :


L’analyse des paysages ne peut se faire sans une connaissance de l’histoire des arts et sans une sensibilisation à l’histoire des jardins [4]. Voir le dossier rédigé par Ph. et G. Pinchemel, Lire le paysage, La Documentation photographique, n°6088, 1987 ; ou encore le site Internet Géoconfluences de l’ENS/LSH de Lyon[1]. 

 

 

[4] Jean Pierre Le Dantec, Jardins et paysages. Textes critiques de l’Antiquité à nos jours, Paris, Larousse, coll. « Textes essentiels », 1996.

jardin sériel

Le Parc André Citroën à Paris et le Jardin Orange de Gilles Clément (1993)

Professeur à l’Ecole d’architecture de Paris, J.-P. Le Dantec  propose une anthologie des textes sur les jardins et les paysages. On retrouvera avec plaisir des textes de l’Antiquité (Vigile), de la Renaissance (Boccace), de la période classique ou baroque (De la Quintinie, le « jardinier de Versailles) ou de la modernité. L’intérêt de cet ouvrage est d’associer sur la thématique des jardins et des paysages, les philosophes (Rousseau et la Nouvelle Héloïse), les voyageurs géographes (Alexander Von Humbolt), les paysagistes (Jertud Jekyll, Gilles Clément), les architectes (Franck Loyd Wright, Le Corbusier ou Jean Nouvel). Il sera aussi précieux en histoire qu’en géographie.

 

 

François Arnal

Extrait inédit de : LES 100 LIVRES D’HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE

Pour enrichir sa culture générale et réussir les concours

Ouvrage collectif sous la direction de Franck Thénard-Duvivier

Ellipses 2011 (à paraître...)

 

Compléments sur les jardins :

http://ahahh.blog.lemonde.fr/

https://www.facebook.com/jardindemarandon



[1] Jacques Béthemont et Paul Arnould proposent un dossier très complet avec une présentation théorique, des études de cas et un glossaire :

Par François Arnal - Publié dans : geofac - Communauté : Histoire Géographie
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 15:50


LEMONDE.FR | 04.10.11 |

 

 

Longtemps déconsidérée comme une discipline de connaissances, la géographie est maintenant, généralement, sortie de la pensée des élèves de terminale.

L'histoire est d'abord enseignée, la géographie est proposée lorsque la fin de l'année approche et qu'il faut tout de même préparer les élèves au baccalauréat ! A ce moment-là encore, les élèves comprennent très vite qu'un bachotage bien organisé suffit pour avoir une note correcte au bac. Ils n'ont plus ensuite qu'à l'oublier au plus vite !

 

St Tropez

La maquette du port de St Tropez au Musée des Plans reliefs des Invalides.

 

 

Elle est rejetée aujourd'hui en première scientifique, et condamnée à une quasi-disparition, à la fois en terminale scientifique et en première, lorsque les enseignants d'"histoire-géo", deviendront des enseignants d'histoire, compte tenu des choix drastiques obligatoires pour traiter du programme "fondamental" d'histoire, discipline mieux connue de la plupart des enseignants.

 

Cependant, penser l'espace et l'imaginer contribuent à le créer, l'organiser, et finalement à lui donner du sens, voilà l'un des attraits de la géographie. Les hommes politiques la font disparaître de la pensée des citoyens pour mieux en jouer sans eux ! Que de jeux dans les programmes pendant plus d'un siècle !

 

occupation du sol presqu'ile St Tropez infographie pour le POS de St Tropez

 

La géographie invoquée en cas d'urgence. Depuis 1874, la géographie est enseignée à tous les niveaux, du cours préparatoire de l'école primaire à la première puis à la classe terminale du lycée (au début du XXe siècle). Elle est invoquée comme une discipline d'urgence républicaine, dans les années 1870-1880, quand il faut donner aux jeunes Français une identité territoriale reconnue et leur montrer le territoire perdu à reconquérir. Invoquée encore, il y a quelques années, lorsqu'il faut justifier l'"impossible" entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE). On fait croire aux citoyens que l'UE est une évidence de la nature, aux limites fixées pour l'éternité, en oubliant l'espace de projets à construire qui exclue tout raisonnement simpliste interdisant à un pays comme la Turquie de participer à la construction, faute d'être sur le "continent" européen. Seule, Istanbul, sur la rive Nord du Bosphore, peut être capitale européenne de la culture !

 

 

St Tropez satellite

le port de St Tropez (image spatiale Google Earth)

 

Chaque citoyen est un acteur social et spatial. Dans les manuels, les cartes confortent les logiques d'Etat, rassurent… La frontière est une ligne bien nette qui coupe et sépare. Mais les frontaliers ont depuis longtemps pensé autrement l'espace de la frontière. Ils en jouent lorsqu'il y a un différentiel de prix sur les carburants, le chocolat ou les… fleurs ; lorsqu'ils peuvent travailler de l'autre côté et avoir ainsi de plus hauts revenus.

Tous les élèves peuvent ainsi jouer de l'espace, de façon très simple dans la vie quotidienne, mais aussi dans une réflexion plus complexe quand il faut envisager le monde.

Les crises économiques, sociales, politiques, environnementales actuelles sont aussi des crises spatiales dont chaque homme peut mesurer l'importance. Les inégalités sociales s'accompagnent bien souvent d'inégalités spatiales. Penser les espaces des crises peut éclairer les pratiques de chaque individu.

 

st tropez etat major

le golfe de St Tropez (nommé golfe de Grimaud sur les cartes d'etat -Major de la fin du XIX°s : Source Geoportail.

 

La géographie : une compréhension du monde. Aux logiques politico-économiques se combine une logique financière qui entraînera sans nul doute une diminution accentuée des postes offerts aux concours du Capes et de l'agrégation de géographie, et un oubli de la géographie comme science sociale permettant d'entrer dans le monde par l'espace et le territoire, un oubli de l'apport de la géographie à la compréhension du monde. Initiée pendant l'Antiquité, construite et enseignée depuis le XIXe siècle, la géographie s'est largement renouvelée comme science sociale à la fin du XXe, stimulant ainsi l'évolution des programmes et des manuels scolaires au collège comme au lycée. En classes de première et terminale, quelle que soit la filière, elle offre aux élèves une source de réflexion indispensable pour instruire leur relation à l'autre et à l'ailleurs, leur relation au monde.

 

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les fresques du PLM à la Gare de Lyon à Paris

 

 

C'est par la combinaison de l'approche historique permettant de se situer dans le temps et de l'approche géographique permettant de jouer avec l'espace, que chaque élève, devenu citoyen sera un acteur conscient dans le monde futur.

Avec les autres sciences sociales et humaines, la géographie n'est pas seulement une discipline enseignée ; par la diversité de ses recherches, elle propose une large palette d'études dans l'enseignement supérieur et une grande variété de débouchés professionnels.

Elle n'a donc nul besoin d'être invoquée comme une déesse au secours de visions du monde d'un autre âge ; elle n'a pas à être diminuée comme la petite syllabe "géo" qu'on défend peu et que l'on cache presque derrière l'histoire.

 

La géographie participe à l'invention du monde.

 

Patrick Picouet, professeur, géographe à l'université de Lille-I

 

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Le FIG de St Dié des Vosges regroupe les géographes chaque année à l'automne.

 

Réactions des lecteurs du Monde :

  • Nicotine 04/10/11 - 19h14

 "Que chaque élève, devenu citoyen sera un acteur conscient dans le monde futur" est un concept dangereux. Les notables considèrent que la population est une bande d'imbéciles. Se prendre pour un citoyen est dangereux car amène à s'opposer à ces notables qui ne le supportent absolument pas. Il en résulte une grande frustration néfaste à tous. Répondre


  • ANNABELLE 04/10/11 - 12h22

 Comment comprendre l'histoire si on n'a pas ou peu de notion avancée en géographie...??? Merci pour cet article. Dans le même ordre d'idée, pourquoi n'a t-on que 2 heures d'anglais par semaine en Terminale ES...??? Dans le monde actuel et vu ce que l'on nous demande pour rentrer dans les écoles post-bac, (Anglais éliminatoire) c'est criminel...!!! Ce qui signifie l'obligation de faire des prépas très chères, des stages de langue, comment font les gens qui ont pas ou peu de moyens...??? Répondre


  • aberrant 04/10/11 - 12h19

 C'est une évidence : il n'y a pas d'histoire sans géographie ! Et c'est une aberration que d'organiser la disparition de la géographie dans l'enseignement secondaire. Mais les responsables du ministère de l'Educ Nat sont-ils à une aberration près ? Répondre


  • Hakuchi 04/10/11 - 12h15

 A peine besoin de bachoter. D'après mes souvenirs, en Terminale, il y a déjà une quinzaine d'années, on s'en tirait très honnêtement avec un plan se déroulant selon un canevas immuable: I- Manifestations. II- Facteurs. III- Limites. Conclusion: "un phénomène contrasté, signe de mutation, et qui peine à trouver sa solution" + deux phrases d' "ouverture". Quelques faits et chiffres, quand même, et la lecture d'un quotidien une fois par semaine. Ca suffisait largement. Répondre


  • Hum_Hum 04/10/11 - 11h58

 Et pourtant, "un pays a l'histoire de sa géographie"... Mais dans mes souvenirs scolaires, la discipline faisait une trop large place au descriptif de pays (dont certains comme l'URSS ou la Yougoslavie ont depuis lors disparu ! ou ont énormément changé comme le Brésil). Il faut parler davantage de la géologie, de l'environnement et de l'économie, à des échelles diverses, du continent aux quartiers urbains. J'ai découvert plus tard la richesse de cette discipline. Répondre


  • christian l. 04/10/11 - 11h56

 Depuis quelques décennies, la géographie est à la remorque des sciences sociales,après avoir donné dans l'économie descriptive,elle a voulu se sociologiser, puis s'écologiser cherchant à coller à la dernière mode.On se demande ce qu'elle apporte , d'autant plus que, elle a renoncé à faire mémoriser les repères spatiaux si utiles lorsque l'on écoute les informations. Répondre


  • National Geographic 04/10/11 - 11h55

 La géographie, combien de leçons ? Trois, deux ? Si on introduit des vrais leçons oui. Énergies, exploitation hydrique, Montagnes contre vallées. Communautés végétales inter-adaptatives, Équilibre des espèces. Ethnologie. Répondre


 Analyse intéressante ! On peut observer la même tendance en Allemagne, ou la géographie disparait de plus en plus de l'enseignement secondaire et ou les Institut de Géographie dans les Universités disparaissaient de plus en plus. Mais rétrécir la géographie a une science sociale, la je ne suis pas d'accord. La géographie est aussi bien science naturelle que science humaine, au moins dans l'approche géographique holistique si cher à Carl Troll ! Répondre


  • Alexandre Faulx-Briole 04/10/11 - 10h28

 (suite) Sans enseignement de la Géographie, puis de l'Histoire, des langues anciennes qui ont fait le Français, notre Education Nationale fabrique des ignares, des ignorants, des imbéciles. Apprendre la Géographie est aussi utile que le calcul et la lecture, il ne faudrait pas l'oublier. Mais il ne faut pas non plus affubler la Géographie d'oripeaux pseudo socilogico-poltico-quelque chose. Répondre


  • Alexandre Faulx-Briole 04/10/11 - 10h26

 Je ne suis pas sûr que la géographie doive être ramenée à une seule science sociale ou à la géographie politique. La géographie est l'outil indispensable pour comprendre comment la Terre est faite, comment les pays et les peuples sont répartis sur la Terre, pourquoi il fait plus froid à Montréal qu'à Paris à peu près à la même latitude, pourquoi les canaux de Suez et de Panama sont utiles, ... (suite =>) Répondre


  • Caroline Jouneau-Sion 04/10/11 - 09h51

 Ben Patrick ? Qu'est-ce que tu racontes ? J'enseigne maintenant au lycée la géographie (merci de me l'avoir enseignée, puis de m'avoir appris à l'enseigner) et mes collègues et moi-même, sans exception, enseignons la géographie autant que l'histoire, si si ! Peut-être l'enseignerait-on mieux si on pouvait bénéficier de davantage de formation mais on lit, on s'auto-forme ou se co-forme, et on l'enseigne ! Répondre


  • étonné 04/10/11 - 23h00

 Les professeurs qui font autant d histoire que de géographie ( et donc qui respectent les programmes) sont minoritaires, c'est un fait.


  • Cartograf 04/10/11 - 09h47

 Avant de participer à "l'invention du monde", la géographie participe surtout à la compréhension du monde. Son abandon progressif est en effet une source d'inquiétude. Mais pour limiter le déclin de la géographie, il serait déjà bon que les professeurs titulaires du Capes ne proviennent pas à 90% de la fillière Histoire, et accordent eux-mêmes plus d'estime à la géographie, à laquelle ils n'entendent souvent pas grand chose. Répondre


  • A 04/10/11 - 09h30

 C'est quoi le problème ? "la "Quasi-disparition" dans les classes scientifiques ? La belle affaire ! Comme s'il n'y avait que celle-là. Raison de plus pour proposer des grilles de lecture et des outils aux enseignants d'économie, de gestion, de SES, des filières plus ouvertes sur le monde : ES, l'enseignement techno et professionnel qui ne demandent que ça plutôt que des lamentations.

 

"Mais où est donc passée la France ?"

Par François Arnal - Publié dans : geofac - Communauté : Histoire Géographie
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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 18:02

80- Paysage sicilien vu depuis Ségeste-copie-1Le paysage sicilien vu de Ségeste. Photo P. Dupuy 2011

 

Sur cette photographie apparaît la vue que l’on a une fois arrivés au théâtre de Ségeste. Elle représente un paysage sicilien typique : nous sommes ici dans l’ouest de l’île, dans la province de Trapani. Ce qui est intéressant, c’est que la photo se décline en plusieurs parties : la plaine cultivée se situe au premier plan, avec une continuité rompue par le tracé d’une autoroute. Cette plaine est entourée par de nombreuses collines et montagnes qui ont le mérite de nous rappeler que la Sicile est un territoire très montagneux, image qui ne nous vient peut-être pas à l’esprit quand on pense à la Sicile. A l’arrière-plan, on peut deviner l’eau : il s’agit ici de la mer Tyrrhénienne, ce qui nous rappelle cette fois l’omniprésence de l’eau qui confère à la Sicile sa notion d’insularité. Ce paysage offre donc véritablement une sorte de synthèse du territoire sicilien.

 

            Mais cette vue se mérite : le théâtre de Ségeste se situe en effet à 400 m d’altitude. Les aménagements touristiques mis en place sur le site antique de Ségeste fournissent une navette pour effectuer de façon rapide la montée mais il est également possible d’effectuer cette même montée à pied, depuis le parking, ce que nous avons fait lors de notre voyage, et ce que les Ségestins du Vème siècle av. J.C. faisaient sans nul doute. C’est donc après une randonnée assez longue, en montée, et sous une chaleur étouffante que nous découvrons cette vue. Assis sur les antiques gradins du théâtre, c’est bien à ce moment que l’on peut prendre conscience de la splendeur du paysage. Une nouvelle fois, on se met à la place du Ségestin qui venait au théâtre. Le théâtre grec n’est pas romain : il n’y a aucun frons scaenae, aucun mur derrière la scène, ce qui fait que c’est ce paysage, dépouillé de ses éléments modernes bien sûr, qui sert de toile de fond à la représentation. On imagine donc les acteurs déclamer sur une scène qui devient comme un piédestal au milieu de ces montagnes. Encore aujourd’hui, tout spectateur a le souffle coupé par la proéminence du mont sur son environnement et sur le théâtre. On dirait même que le mont donne à toute prestation une nouvelle ampleur (comme celle d’Élise dans la photo ci-dessous).

 

40- Élise en représentation-copie-1

Elise chante a capella dans le théâtre de Ségeste. Photo P. Dupuy 2011

 

            C’est une terre jaune mais aussi verte qui s’offre en premier lieu à notre vue. Les parcelles jaunes que l’on peut apercevoir sont des cultures de blé, ce pourquoi la Sicile a tant été prisée au cours des siècles : il a même été dit que la Sicile a été le « grenier à blé » de l’Empire romain. Les parcelles vertes semblent être vues de loin des vignes, le pendant du blé dans la célèbre « triade méditerranéenne » blé / vigne / olivier. En tant qu’espace méditerranéen, ce paysage remplit donc les premières attentes que l’on peut avoir de lui. Les habitations sont ici peu répandues : on ne voit sur la photo que des exploitations agricoles. L’autoroute A29 a été percée à la fin du XXème siècle afin de lier tout le réseau routier nord de la Sicile, de Messine à Trapani. Elle a été généralement mise en place comme ici dans les vallées mais, montagnes obligent, beaucoup de tunnels ont dû être creusés pour permettre le passage de cette autoroute. En suivant la route sur la gauche de la photo, on peut la voir s’engouffrer dans la montagne dans l’un de ses nombreux tunnels. Enfin, l’arrière-plan nous révèle la côte. La ville de Ségeste avait beau être située en hauteur, elle n’en était pas moins proche de la mer comme presque chaque point de la Sicile. En peu de temps, on peut arriver au niveau de la mer, et en continuant à l’est, vers Palerme, ville qui elle concentre une forte densité de population. Montagnes et vallées, terres vertes et terres sèches, terres peu habitées et villes denses, la Sicile apparaît géographiquement bel et bien comme une terre de contrastes.

 

            C’est pourquoi j’ai donc choisi cette photo : pour tout ce qu’elle dit sur la Sicile en général. Le site d’où on peut apercevoir ce paysage n’est pas anodin : le théâtre de Ségeste reflète la grandeur antique de la Sicile et c’est précisément ce point qui nous offre une vue de la Sicile d’aujourd’hui, partagée entre cultures et côte, s’avançant dans la modernité, comme le montre la fameuse autoroute qui sert justement de point de fuite sur la photo que j’ai prise.

 

DUPUY Pierre

K42 Fauriel

D’autres photos de Ségeste ici :

Par François Arnal - Publié dans : cartes postales géographiques - Communauté : Histoire Géographie
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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 18:45


Sélinonte Rimbaug G

Photo Guillemette Rimbaud 2011

 

Sur cette image on peut voir un paysage aux lignes très géométriques, coupé en son milieu à l’horizontale, délimitant d’un côté l’horizon, le ciel bleu pur de Sicile et de l’autre les ruines d’un temple de Sélinonte. En effet, ces ruines ne sont pas ordinaires, ce sont celles s’un ancien temple grec détruit il y a plusieurs milliers d’années par un tremblement de terre.

Sur la ligne d’horizon  un homme se tient debout, au milieu des ruines, immobile, le regard tourné vers la mer.

 

J’aime ce paysage car il représente la lutte « éternelle » de l’homme contre la nature, un combat qui a commencé depuis des millénaires. D’un coté les hommes, voulant dompter la nature et la terre en lui imposant des monuments, comme des temples, de l’autre, la terre qui s’est « vengée » avec un tremblement de terre. Et en réponse, les hommes on voulu reconstruire. L’homme debout dans les ruines symbolise aussi le conquérant, le maître, qui veut dominer l’œuvre de ses aïeuls, alors même qu’il est fasciné par elle. C’est donc, en même temps qu’un combat entre l’homme et la nature, une lutte pour la grandeur des hommes à travers les époques.

 

Ce paysage est aussi le symbole du passage du temps, notamment au travers des ruines. L’homme, malgré son génie, est donc soumis aux aléas du temps qui passe et ne peut que contempler les désastres qu’il provoque. De plus il n’y a quasi ni arbre ni végétation : le paysage semble figé, quasi mort : où est donc la vie dans ces ruines ? En même temps, le ciel bleu et ensoleillé symbolise aussi une sorte de renaissance : hélios, (le soleil en grec) est vigoureux, jeune, et plein d’avenir. Ce sont donc les contraires, les opposés qui sont réunis dans ce même paysage, avec l’homme pour témoin, à la fois responsable et impuissant. Il ya donc une réelle ambigüité dans ce paysage qui est à la fois intemporelle et vestige du passé, essoufflé mais aussi très vivant, beau et triste à la fois.

 

Sélinonte F Arnal

Photo F Arnal 2011

 

Et puis j’aime aussi ce paysage, pour sa beauté tout simplement. Avec ses lignes épurées, droites, coupantes, cette immensité, car le paysage ne semble pas avoir de fin. Séduite par cette idée de confrontation permanente et d’immobilité du monde dans lequel nous vivons, et en voyant ces ruines, se sentir drôlement proche des hommes de l’antiquité, qui somme toute, avaient les mêmes préoccupations que nous : la beauté et la grandeur pour s’imposer dans un monde toujours plus sauvage. Et il traduit, tout en simplicité mais avec toute la complexité, les liens entre l’homme et la nature. En un sens, cette image est un paysage d’éternité.

 

 

Guillemette Rimbaud

HK 42 Lycée Fauriel

D’autres photos de Sélinonte ici :

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