La biennale du design 2015 à St-Etienne

Publié le 9 Avril 2015

La Cité du Design à St -Etienne dans les bâtiments de l'ancienne Manufacture d'Armes.

La Cité du Design à St -Etienne dans les bâtiments de l'ancienne Manufacture d'Armes.

Biennale Internationale Design du 12 mars au 12 avril 2015, avec pour thématique "Les sens du beau".

Cet hiver un grand quotidien du soir parisien qualifiait Saint-Étienne de « capitale des taudis ». La photo à la une montrait une colline stéphanoise avec des immeubles délabrés ainsi que le ciel gris et plombé. Quelques mois plus tard le soleil est revenu c'est le printemps sur St-Etienne la capitale du design.

Après la réaction indignée des stéphanois fiers de leur ville ouvrière et de leurs paysages, le même quartier est passé sous les pelles mécaniques car les prétendus taudis étaient en réalité voués à la démolition. À quelques pas de ce chantier si vous vous rendez à la serre des beaux-arts à l'occasion de la Biennale Internationale du Design 2015, vous découvrirez que la ville tente de panser les plaies de la désindustrialisation et du dépeuplement.

Capharnaum Exposition NDesign

Capharnaum Exposition NDesign

NDesign

L’exposition présentée dans la serre de l'ancienne école des beaux-arts intitulée « NDesign » a pour vocation de réunir le public amateur et les organisateurs de l’évènement autour des mécanismes de production dans un moment convivial et désacralisé. Cette exposition souhaite réunir amateurs et professionnels, étudiants et designers et novices pour composer, déformer, scotcher des volumes à partir de surfaces découpées au laser ou à coups d'imprimante 3D. Vous trouverez dans cette exposition sur la colline des chaises, des vases, des meubles, des objets divers proposés par atelier Regard et le groupe Captain Ludd.

Ce sont partout dans la ville que ces chaises, ces tables, ces bancs, ces vélos ou ces automobiles attirent le regard avec pour même caractéristique leur design et leur beauté.

photographie  gracieusement transmise par Cynthia Tonnerre ‏@CynthiaTonnerre

photographie gracieusement transmise par Cynthia Tonnerre ‏@CynthiaTonnerre

« Tu nais, tuning, tu meurs ».

Quelques centaines de mètres plus loin vous visiterez l’exposition « Tu nais, tuning, tu meurs ». (Commissariat : Rodolphe Dogniaux et Marc Monjou).

L’exposition présente certes des voitures « tunées » (L’AeroFiat d’Alain Bublex), c’est à dire bricolées, arrangées, détournées, repeintes ou amplifiées, mais aussi des objets improbables comme une voiture bateau (Soft Serve Boat de Maxime Lamarche), des pots d’échappement réutilisées comme haut parleurs, des capots de voiture devenus des tables. Forme déclinante de la culture populaire, ouvrière et non savante, souvent jugée kitsch, inutile et vulgaire, le tuning demeure une pratique marginale, délaissée par la culture instituée. L’exposition« Tu nais, tuning, tu meurs » montre le tuning ou les tunings (dans leur acception la plus généreuse) en les interrogeant comme des formes vivantes de la culture matérielle contemporaine.

les bancs design à la Biennale

les bancs design à la Biennale

C'est à partir de ce bricolage d'objets que l'exposition sur le tuning propose de réfléchir sur l'intervention la déformation, nouvel usage d'un objet détourné. Que ce soit une chaise industrielle redécoupée la scie sauteuse afin de ressembler à une chaise design danoise, que ce soit un vélo improbable impossible à conduire car beaucoup trop long, que ce soit une voiture sans permis maquillée en Ferrari circulant fièrement dans les rues de la ville (Benedetto Bufalino), tous ces objets ont un sens, le sens du beau.

La biennale dans la ville : une opération multisite qui invite à découvrir la cité stéphanoise.

La biennale dans la ville : une opération multisite qui invite à découvrir la cité stéphanoise.

Telle est la thématique de la biennale 2015 qui en est à sa neuvième édition après avoir réuni plus de 140 000 visiteurs il y a deux ans. Cette année, la biennale dure quatre semaines ce qui permet de profiter largement des différentes expositions réparties sur la ville ou l'agglomération. Seule ville française membre du réseau UNESCO des villes créatives de design, Saint-Étienne donne à sa Biennale un souffle international important.

D’année en année, la Biennale étend ses réseaux et assoit sa popularité partout dans le monde.

La visite des autres salles du musée d'art et d'industrie de Saint-Étienne permet de découvrir que le dessin industriel, que l'art au service de l'industrie et de la fabrication ne date pas du XXIe siècle. Dans la capitale des rubans et de la passementerie, on a depuis longtemps dessiné des motifs floraux, maîtrisé la fabrication sur les métiers Jacquard et combiné savamment les couleurs sur des minces bandes de tissus.

Cette tradition industrielle de la rubanerie se poursuit encore aujourd'hui et le design constitue pour Saint-Étienne un véritable tremplin avec pour ambition de devenir une ville créative autour du quartier créatif de la Manufacture.
L'entrée de la "Manu" et la Platine.

L'entrée de la "Manu" et la Platine.

Dans l'ancienne manufacture d'armes de Saint-Étienne, réputée depuis François Ier pour la fabrication de ses armes de guerre, les grands ateliers du bâtiment H n’accueillent plus la fabrication du FAMAS (le fusil d'assaut de la manufacture d'armes de Saint-Étienne) mais quantité d'expositions autour de la beauté des objets .

La Platine vue de la Tour du design dans un tissu urbain hétéroclite

La Platine vue de la Tour du design dans un tissu urbain hétéroclite

Les expositions de la Platine sont variées :

« Beauty as Unfinished Business »

« Beauty as Unfinished Business » est celle qui retient l’attention par sa mise en scène épurée et son rideau noir séparant la vaste salle un peu froide de la Platine de l’écrin de présentation et de mise en scène des objets sélectionnés par le britannique Sam Hecht (GB) et l’américain Kim Colin (US). Kim Colin (US) et Sam Hecht (GB) ont créé le studio Industrial Facility en 2002 avec la volonté d’explorer la ligne de jonction entre le design industriel et le monde qui nous entoure. Designers et enseignants au Royal College of Art, issus de différentes disciplines, ils portent un regard sur l’objet qui tient compte de son rapport à l’espace, à l’usage, aux cultures, au contexte.

« Beauty as Unfinished Business »

« Beauty as Unfinished Business »

« Pour nous, la beauté reste un concept abstrait, qui ne représente pas nécessairement un idéal ou qui n’est pas lié à la recherche de la vérité ou de la perfection, mais qui possède une qualité inaliénable qui dépasse le simple objet. La beauté est donc, par nature, immatérielle. On peut la déceler dans un produit indépendamment de son contexte spatio-temporel. Elle est en parfaite adéquation avec notre monde concret et matériel tout en conservant une forme de transcendance de par sa relation au contexte. Ce contexte ajoute une dimension que l’objet en soi ne peut jamais contenir intégralement. Tout repose sur le rapport entre le produit et son environnement spatial. » Kim Colin et Sam Hecht

La scénographie réussie de Kim Colin et Sam Hecht

La scénographie réussie de Kim Colin et Sam Hecht

Tous les objets de cette exposition sont présentés dans un environnement approprié : halo blanc sous des tubes néon et petites cages présentant évier, vélo, fauteuil, tapis, tablier, verre à bière, ustensile de cuisine…

le beau vélo blanc Schindelhauer

le beau vélo blanc Schindelhauer

Chaque objet à un sens, le sens du beau comme le veut la thématique 2015, mais aussi un sens utile. Ainsi le vélo présenté ne possède pas de chaîne avec du cambouis salissant mais une simple courroie. Pour ranger ce vélo à vocation urbaine le créateur allemand (Schindelhauer) utilise le guidon rotatif et des pédales pliables. Le cadre permet de porter le vélo sur son épaule, les pneus lisses acceptent de se faufiler dans les rues de la ville et la lumière est intégrée au cadre.

le verre à bière Fuji-Yama du designer japonais Keita Suzuki.

le verre à bière Fuji-Yama du designer japonais Keita Suzuki.

Un autre exemple nous est fourni par le verre à bière Fuji-Yama du designer japonais Keita Suzuki. Ce verre dont la forme est celle d'un emblème du paysage japonais, le mont Fuji, présente un col étroit et resserré qui lorsqu'il accueille la mousse de la bière dépeint à merveille le chapeau de neiges éternelles de la montagne sacrée, tandis que la teinte dorée de la bière rend un hommage aussi charmant que patriotique à l'icône japonaise.

le plat à cuire les poulets de Guillaume Bardet

le plat à cuire les poulets de Guillaume Bardet

Quelques mètres plus loin un « cuit poulet » a été pensé par Guillaume Bardet afin de recueillir le jus du poulet qui embroché , rendra toutes ces saveurs tandis qu'à ses pieds les légumes seront confits dans le jus.

A certains moments, on se demande si l'on visite une exposition d'art moderne ou une exposition de design.

Les paniers créés par le japonais Shigeki Fujishiro

Les paniers créés par le japonais Shigeki Fujishiro

Ainsi une corde colorée à laquelle on donne une forme de panier créé par le japonais Shigeki Fujishiro est autant une sculpture un objet utilitaire. L'ouverture du panier en corde garantit l'intégrité du contenu et les deux poignées permettent de saisir facilement.

Tous les objets de cette exposition seront présentés dans un environnement approprié et référencé visant à valoriser conceptuellement leur beauté, au-delà de leurs aspects innovants et inédits.

Le robinet de Philippe Stark Axor : le robinet de ce mitigeur est un verre en cristal duquel sort un puissant tourbillon d’eau. Ou comment allier esthétisme et facilité d'usage.

Le robinet de Philippe Stark Axor : le robinet de ce mitigeur est un verre en cristal duquel sort un puissant tourbillon d’eau. Ou comment allier esthétisme et facilité d'usage.

L'exposition Hypervital

Toujours sous la platine, nous découvrons l'exposition Hypervital dans le commissariat est assuré par Benjamin Loyauté (FR).

Plus difficile d'accès cette présentation propose une réflexion sur la sécurité la santé ou l'avenir de la planète.

Mine Kafon (A silent picture of Mine Kafon in desert, 2011)

Mine Kafon (A silent picture of Mine Kafon in desert, 2011)

Au centre d'une des pièces trône un des objets les plus intéressants de l'exposition : la sphère pour faire exploser les mines anti-personnels de Massoud Hassani : Mine Kafon (A silent picture of Mine Kafon in desert, 2011). Quand le design se met au service des plus vulnérables. Cet objet de près de 2 mètres de hauteur se déplace poussé par le vent et constitue un poids suffisant pour déclencher les explosions. Chaque sphère enfoncée sur un bambous peut se changer rapidement. Le tout est relié par un système GPS à une cartographie du site déminé.

« Dire et agir… trouver l’accord parfait, l’équilibre dans la turbulence. Nous sommes dans une période de très forte créativité, d’inventions et de productions intenses mais aussi de prises de résolutions inassouvies qui tentent toujours de réorganiser le monde face à notre propre déprédation » Benjamin Loyauté.

L'activité Twitter en temps réel

L'activité Twitter en temps réel

J'ai particulièrement apprécié la partie de l'exposition intitulée les flux dans le monde. On n'y rencontre des cartes de différents flux et trafics empruntant la planète globalisée. Ces cartes d'information reflètent de manière esthétique la façon dont l'activité humaine pèse sur une planète devenue le lieu de tous les déséquilibres. L’explosion démographique, la surconsommation, l'hyper productivisme, la surconsommation des ressources énergétiques, les déplacements massifs des populations posent aujourd'hui la question de la durabilité de notre système et de la façon dont il sera possible de continuer à vivre sur la Terre. Les cartes représentent l'activité Twitter en temps réel ou encore la visualisation du trafic maritime, du trafic aérien, les menaces épidémiologiques ou des débris satellisés autour de la planète.

« Le Bestiaire » par Ionna Vautrin.

« Le Bestiaire » par Ionna Vautrin.

L’ exposition de la Platine « Le Bestiaire » est destinée au enfants : à la fois exposition et atelier pour enfants imaginé par Ionna Vautrin.

La Cité du design a proposé à Ionna Vautrin d’imaginer un atelier pour le jeune public qui permettra une découverte du design graphique à travers la thématique du bestiaire ainsi qu’une exposition de costumes d’animaux attenante à l’atelier. Sont présentés des costumes de coq, d’escargot, de raton laveur, de perroquet ou d’ours. Le but des cartonneries est de se glisser dans la peu de l’animal.

Enfin le géographe appréciera deux expositions sur la ville et son devenir :

Née dans les fougères. Recherche en territoires : comparaison des formes urbaines

Née dans les fougères. Recherche en territoires : comparaison des formes urbaines

Née dans les fougères. Recherche en territoires

On ne sait pas où est né le design, probablement pas à Saint-Étienne (même si comme on l’a dit la tradition industrielle avait l’habitude de coupler art et industrie).. Ni à Paris. Pas plus qu’à Londres, à Tokyo ou à New York.

Par contre, ce qui est né à Saint-Étienne au XXIe siècle, c’est un territoire d’existences dont le projet s’accorde parfaitement à la radicalité du design. On ne parle pas ici du design au sens d’une capitale qui générerait un design des codes et des statuts. On parle ici d’un projet de vie dont la ville en renaissance est l’espace. Le design radical français naît à Saint-Étienne car il prend la mesure de la ville : il est à la taille de son territoire et se constitue de la modification progressive du cadre de vie.

Au cœur des fougères symbolisant le flore du carbonifère dans la serre de la Platine

Au cœur des fougères symbolisant le flore du carbonifère dans la serre de la Platine

L’exposition Née dans les fougères explore, sillonne, découvre, met au jour pourquoi la recherche en design ne pouvait naître qu’à Saint-Étienne.

C’est au cœur des fougères symbolisant le flore du carbonifère que la serre de la Platine accueille des cartes et des volumes disparates. Recherche de la cité du design produit des études et des théories, dans le territoire accueil et supporte les expérimentations dans les domaines de l'éducation, du numérique et des aménagements du cadre de vie (espaces publics).

La biennale du design 2015 à St-Etienne

« 2051 » : des utopies urbaines et énergétiques.

Les designers intégrés d’EDF R&D ont saisi l’occasion de la Biennale

Internationale Design Saint-Étienne pour s’associer avec des personnalités externes afin de produire des projections fictionnelles de ce que pourraient être nos rapports avec l’énergie et la place que pourrait tenir un énergéticien face aux mutations du monde et des sociétés. Afin de décaler le propos, les designers accompagnés de leurs binômes, se sont placés à l’horizon temporel de 2051, soit 1 an après la plupart des projections « classiques ». 2051 : à la suite d'un événement sans précédent, l'ensemble des énergétiques sont contraints de réorganiser les structures et les savoirs afin de les mettre service des populations. Des équipes d'ingénieries se retrouvent disséminées sur tout le territoire afin de répondre à des problématiques et des attentes ultra locales. Les résultats de leurs interventions traduisent l'urgence de chaque situation mais aussi le contexte local et les spécificités sociales de chaque organisation.

L'exposition 2051 sous le Bâtiment de l'Horloge

L'exposition 2051 sous le Bâtiment de l'Horloge

On découvre ainsi les « isothermes » un peuple qui vit reclus dans des grottes et qui est très économe en énergie ils ne produisent que très peu ils sont spécialistes de la conservation de l'énergie et de la façon de la faire durer le plus longtemps possible.

La biennale du design 2015 à St-Etienne

À côté ce sont les « hydroliens » qui maîtrisent le cours des rivières et qui exploite judicieusement les précipitations devenue très fréquente dans cette partie du globe à cause du changement climatique. Grâce à des hydroliennes immergées et à des barrages miniatures, il puise et stocke de l'énergie. Leur habitat est implanté près des cours d'eau sur lesquelles il se déplace. Leur savoir-faire les amenait à se diversifier pour maîtriser l'énergie de la pluie avec des centrales à énergie renouvelable non polluantes.

La biennale du design 2015 à St-Etienne

Les « éoliens » quant à eux sont des chasseurs devant leurs cités peuplent les couloirs ventés et sont conçus de façon très étirée le long des talwegs afin d'y canaliser l'air vers de gigantesques turbines. Dans la ville tout autour d'eux est mouvement captant le moindre déplacement d'air jusque dans les vêtements qu'il portent pour se déplacer. Parmi eux les « alizéens » gravitent autour des cités afin de s'adapter au changement des vents. ils mettent au point des centrales cycloniques mobiles leur permettant de capturer l'énergie des tornades se formant désormais en toute saison.

L’énergie propose ici une lecture en filigrane des civilisations passées et de celles qu’il nous appartiendra ou non de bâtir demain.

Designers EDF R&D : Guillaume Foissac, Élise Prieur, Gilles Rougon, Étienne Vallet et

Une vue générale des bâtiments de la Manufacture depuis la Tour du Design

Une vue générale des bâtiments de la Manufacture depuis la Tour du Design

Cette exposition 2051 située sous le bâtiment de l'horloge fait la transition avec les anciens bâtiments de la manufacture où sont présentés les autres expositions.

Une deuxième note détaillera celles-ci.

Rédigé par François Arnal

Publié dans #Design

Commenter cet article

hajer 30/11/2015 10:04

Très belle présentation, pour une ville aussi belle.
J'admire.

Azou 17/04/2015 01:59

Sainté: Ville dynamique et retrouvant une certaine jeunesse, bien lin des clichés de ville "morte" !

wendy 11/04/2015 21:49

Interessant et bien présenté.