Le paysage de Vals dans les Grisons.

Publié le 13 Octobre 2008

Le paysage de Vals dans les Grisons une montagne entre tradition et modernité.


Le paysage constitue notre cadre de vie et bien souvent reflète nos activités et influence notre humeur.
Il traduit notre relation à la nature et à la vie. Entre le paysage et le jardin il n'y a qu'un pas, les jardiniers sont des paysagistes et les jardiniers ne sont pas indifférents aux paysages qu'ils contemplent. Ils savent ce que travailler la terre veut dire et que rien n'est acquis car le paysage est essentiellement changeant pour le meilleur ou pour le pire quand nous jugeons qu'il se dégrade.


Pour cette escale dans la vallée de Vals, nous allons nous intéresser au versant faisant face aux thermes, ce versant que les baigneurs des thermes de Vals ont sous les yeux, ce versant qui est resté intact mais que l'innocent aurait tort de qualifié de naturel.

Le plan des thermes à l'entrée du village. Source Thermes de Vals.

Si vous ne connaissez pas les thermes de Vals allez faire un tour sur ahah,

vous y découvrirez un bâtiment extraordinaire construit par Peter Zumthor architecte suisse qui vous fera réfléchir sur la qualité architecturale ou paysagère d'un bâtiment.


Ce Bâtiment reconnu et primé au niveau international par l'architecture a fait l'objet d'un reportage diffusé sur Arte.

Le centre du village, situé à 1 252 mètres d'altitude, s'appelle Vals-Platz.

Ici l'on parle le dialecte suisse allemand de Vals. Les Valsers sont des Haut-Valaisans qui, il y a environ 700 ans, peuplèrent les vallées les plus élevées des Grisons.


Les versants sont en effet cultivés et soignés en permanence, non pas par des labours mais des prairies de fauche. Les agriculteurs font plusieurs récoltes de foin par an afin de remplir leur grange et passer l'hiver sous la neige. La forêt a été défrichée, les rochers ont été déplacés ou soigneusement contournés par les routes ou les constructions. Ici tout n'est qu'artefact la nature a été modelée par le travail humain.


A Vals, le modèle classique adret ubac ne fonctionne pas, le versant photographié ici est le versant qui regarde vers l'ouest et qui reçoit le soleil du soir. Celui qui lui fait face reçoit le soleil du matin . Ici tout est défriché ou presque . Seuls les versants les plus raides et les plus rocheux sont abandonnés à la forêt, seuls les points les plus élevés du finage sont laissés aux espaces sylvicoles. Il faut aller plus en amont au dessus du village de Vals pour le retrouver une orientation de type adret ubac : le versant orienté vers le nord est recouvert de forêt alors que le versant lui faisant face au soleil de midi devrait être défriché.

Vue du village en direction de l'ouest.

L'opposition se fait ici plutôt entre le haut et le bas. Le bas est habité en permanence et le haut est occupé ponctuellement en été. Le contraste est net entre le bas et ses chalets d'habitation et le haut et ses chalets d'alpage. Pour tenir comptes difficultés du terrain et de l'éloignement des sites d'habitation entre l'été et l'hiver des chalets granges sont aménagées tout au long du versant et servent de réserves à foin ou parfois au niveau inférieur d'abri pour le bétail. Aujourd'hui le foin est redescendu dans la vallée dans de grandes granges modernes la mécanisation a permis de changer de mode vie.

Les Thermes de Vals

Plusieurs modèles de chalets cohabitent : le chalet de la vallée souvent en pierre, le chalet de bois lui aussi dans la vallée sert alors de grange dans les hauteurs du bâtiment.
Le chalet de mi-pente et le chalet d'alpage.
Henri Jaques LE MEME déclare en 1946 en réponse à la nouvelle demande d'habitat en montagne :
« Il ne peut donc être question de copier l'habitation montagnarde mais il faut seulement s'en inspirer pour créer un chalet résolument contemporain où les lignes extérieures s'allient à celles de l'architecture traditionnelle locale, mais où la distribution et le confort répondent bien au programme précis et spécial  ».
Carline Guillaume architecte.

L'usine d'embouteillage de l'eau inérale Walser à Vals

A y regarder de plus près cependant l'économie de cette vallée s'est diversifiée, outre l'activité thermale signalée dans les notes du blog ahah, existent aussi une usine d'embouteillage de l'eau Walser, et des remontées mécaniques.
Bien sûr nous sommes là aussi loin du modèle de station à la française comme les géographes français le qualifient, nous sommes bien dans le modèle germanique décrit par Rémy Knafou.

Rémy Knafou propose, dans ce numéro, une analyse des transformations des Alpes. Il met en évidence une interrelation constante entre perception et gestion du milieu, hier comme aujourd'hui.
C'est le XVIIIe siècle qui "invente" les Alpes. Les premiers aménagement de loisirs sont intimement liés aux représentations positives qu'en donnent des générations de peintres et d'écrivains, suivis par les premiers "touristes". Durant le siècle suivant, l'ouverture à l'industrie et au tourisme de masse impose une nouvelle image des Alpes.
Aujourd'hui, face aux problèmes qui concernent l'ensemble de la chaîne (pollution croissante des vallées, surcharge touristique, zones en déclin, extension des voies rapides et des zones construites, etc.), les Alpins s'organisent ; certains s'attachent à développer une agriculture "labellisée", les régions coopèrent ignorant les frontières, les différents États ont signé avec l'UE une convention sur la protection d'un patrimoine considéré comme vital pour l'Europe.
Assistons-nous à la construction d'une identité alpine ?

R. Knafou.
  • Pages 56-57 - Le modèle touristique germanique
                           La station et le site de Grindelwald
  • P. 58-59 - Le modèle touristique français
                           Arcs 1800 : hôtels et résidences au milieu des sapins


Dans la vallée de Vals les aléas sont principalement de deux natures :  avalanche et surout torrentialité. Des travaux sont en cours en 2008 pour recalibrer tout le torrent en prévision de crues dévastatrices pour les habitations de la vallée.
Le village de Vals Platz a été inondé plusieurs fois dans son histoire par le torrent appelé Rhin de Vals (affluent du Rhin Antérieur).

si vous lisez l'allemand téléchargez ce fichier (de nombreuses photos d'archives explicites...)

Des murs ont été aménagés pour relever et calibrer le lit fluvial.

Voir aussi le dossier projetable  de la Documentation Photographique (rédaction F Arnal) avec une analyse détaillée de Grindelwald (Suisse) et des Arcs ( Savoie).


Source : site de la station de ski de Vals (webcam disponible)

pour en savoir sur l'urbanisation et l'architecture de montagne :

La télécabine se fond dans le paysage, les infrastructures touristiques sont implantées en fond de vallée.

ou encore l'excellent blog :
Altitudes Atelier d'architecture en montagne.
« L'architecture de montagne implique des stéréotypes dans l'imaginaire de chacun. Par ce blog, aux détours de visites, de découvertes, de lectures..., j'offre à chacun la possiblité d'enrichir cet imaginaire. La montagne devrait être vue au travers de l'architecture comme un paysage en devenir. »
Caroline Guillaume.


Dans le modèle germanique, le paysan a très tôt diversifié l'activité touristique, il a construit ses propres hôtels ou chalets à louer. L'agriculture est toujours vivante subventionnée par l'Etat helvétique conscient que la montagne fait partie de son identité nationale.


Les outils sont adaptés (tracteurs travaillant dans les fortes pentes, système de conduite pour le lait  (lactoduc ?) entre les chalets d'alpage et la vallée. Les photos prises sur ce versant des cabanes d'alpages à un niveau intermédiaire entre le village et les chalets d'alpage en altitude.
"Le lait de montagne frais est vendu dans la laiterie du village ; le lait restant est transformé en crème, en beurre, en yaourt et en fromage.
Les hôtels des thermes proposent de petits déjeuners copieux avec en priorité les produits laitiers de la vallée. Il y a quelques années, tous les paysans de Vals sont passés ensemble à l'agriculture biologique certifiée" .

Source : Site officiel de Vals.


Mais l'agriculture reste l'activité noble dans un système social original où le fait d'être agriculteur confère une position sociale éminente.. Le paysan est en quelque sorte un jardinier du paysage et ce paysage attire d'ailleurs le touriste...
Il y a actuellement quatorze alpages sur 100 km2 d'alpages. Mais les deux tiers du bétail en estive vient de plus bas dans les vallées voisines.Jusqu'au début du XX° siécle la population de la vallée dépend exclusivement de l'agriculture.
L'industrie est présente avec les deux activités de l'exploitation des eaux minérales et la production des pierres issues des carrières.

Le barrage de Zervreila fut construit en 1957, il fournit de l'hydroélectricité.


Source : www walser.ch

Le paysage ne porte pas l'empreinte trop forte du tourisme. Mais cela ne signifie pas que cette activité est délaissée bien au contraire nous l'avons vu dans les dernières notes. Ici le tourisme d'hiver ou d'été, sportif ou thermal s'intègre à toute l'économie locale. La commune reste maître de ses décisions d'aménagement. Les montagnards sont restés maîtres de leur destinée et l'architecture ou le paysage dans son ensemble le leur rend bien témoignant ainsi des différentes époques et des différents usages de la montagne entre « tradition et modernité ».

Le tourisme d'hiver se développe sur un versant exposé au nord. (source Google Earth 2008)

Le départ de la télécabine est situé à 1260 m, l'arrivée est à 1810 m au coeur des alpages.
Trois téléskis seulement desservent le sommet ver 2941 m au Dachberg.. En été l'activité du ski ne laisse aucune trace dans le paysage ; La différence avec le modèle français tient dans le fait que les hébergements se font dans la vallée et non en altitude et dans des petites structures aux mans des populations locales et non au mains de grands groupes financiers. La tentative de lancer un grand complexe hôtelier par le groupe allemand futur échec financier en 1570 racheté par la mairie pour relancer les thermes.
La vie économique de la commune est essentiellement tournée vers le tourisme. Les deux tiers du revenu communal provient de manière directe ou indirecte de cette branche économique.

Signe de la modernité géographique, la commune possède son SIG (système d'information géographique) dans lequel nous pouvons découvrir le parcellaire trame foncière du paysage clé de l'explication des différences visuelles (telle propriété est fauchée telle autre ne l'est pas).




L'habitat traditionnel dans les alpages (environ 1200 mètres d'altitude versant ouest face aux thremes visibles dans l'angle inférieur gauche de l'image). mélange du bois et de la pierre de Vals.

"Sur le territoire de la commune de Vals, on trouve toute une série de fermes typiques des Valsers qui furent jadis habitées pendant toute l'année. Aujourd'hui, la plupart d'entre elles sont encore utilisées comme cabanes d'alpage. À part Vals-Platz, seuls Camp, Leis et Valé sont habités à l'année. Les maisons et les étables sont recouvertes de dalles, comme il est mentionné dans la loi sur les constructions depuis 50 ans. Or, malgré le fait qu'au cours des dernières années beaucoup de nouveaux bâtiments furent construits, des parties entières du village présentent toujours un caractère authentique.

En 2000, Vals comptait selon les statistiques 885 habitants. Ce nombre est cependant trop bas du fait que les saisonniers ne sont pas inclus. En réalité, Vals compte environ 1 000 habitants. La population active travaille à 23 % dans l'agriculture et la foresterie, à 29 % dans l'industrie et le commerce et à 48 % dans le secteur des services. Cette sectorisation est légèrement falsifiée puisque les paysans exerçant l'agriculture comme activité accessoire sont comptés à part entière".


source : site de la commune de Vals :

Si  la recherche dans le champ du tourisme vous intéresse, retrouvez Rémy Knafou et son équipe de chercheurs sur le site de l'Adrets (ça ne vous rappelle rien ce terme géographique ?)

Association pour le Développement de la Recherche et des Etudes sur les TourismeS


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Rédigé par François Arnal

Publié dans #geofac

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Stephanie 01/06/2011 15:38



nous avons aussi écrit un article sur les thermes de Vals, et notamment sur le matériau avec lequel il est construit : la pierre de Vals, parce que la trouvons extraordinaire, de notre point de
vue, qui est celui d'un fabricant de céramique : http://www.novoceram.fr/larevue/la-pierre-de-vals/



François le jardinier géographe 13/04/2009 11:17

Architecture: le Suisse Peter Zumthor lauréat du prix Pritzker 2009L'architecte suisse Peter Zumthor, créateur notamment des bains thermaux de Vals aux Grisons, a été désigné lauréat 2009 du prix Pritzker. Cette récompense décernée à Los Angeles est la plus prestigieuse de l'architecture mondiale.C'est la deuxième fois en moins de dix ans que le prix va à la Suisse. En 2001, les Bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron avaient été distingués.Peter Zumthor, 67 ans, a été récompensé pour son "talent à combiner des pensées claires et rigoureuses avec une dimension véritablement poétique", a indiqué Thomas Pritzker, président de la fondation Hyatt qui décerne le prix depuis 1979, cité dans un communiqué."Peter Zumthor est un architecte admiré par ses pairs pour son travail ciblé, sans compromis et exceptionnellement déterminé", a-t-il ajouté.Même si la majeure partie de son oeuvre se trouve en Suisse, l'architecte d'origine bâloise a conduit de nombreux projets autour du monde, notamment en Allemagne, en Espagne, et en Autriche, précise le communiqué.Parmi ses bâtiments les plus acclamés comptent la chapelle dédiée à Nicolas de Flüe ou encore le musée Kolumba, tous deux à Cologne. Les bains thermaux de Vals représentent le "chef d'oeuvre" de l'architecte, estiment les spécialistes.http://www.romandie.com/infos/ats/display.asp?page=20090413030407988172194815700_brf005.xml&associate=phf9765