Gran Torino est un film sur l'Amérique des années 2000. Les paysages urbains sont présentés à travers le prisme de la crise de « l'industrial belt ». Regardons ce film avec un oeil de
géographe.
A Détroit les usines qui fabriquaient la Gran Torino cette automobile mythique de Starsky et Hutch sont en difficulté. La société elle aussi traverse la crise. Les
banlieues
pavillonnaires sont désertées par les classes moyennes blanches et remplacées par les minorités ethniques. Dans ce film ce ne sont pas les noirs et les hispaniques mais les asiatiques et plus
particulièrement les Hmongs qui nous sont présentés.
Les Hmong sont un peuple d'Asie, originaire des régions montagneuses du sud de la Chine au nord du Viêt Nam et du Laos., Après la guerre du Vietnam, ils ont du fuir leurs montagnes et se
sont réfugiés aux Etats Unis où on les retrouve dans le film de Clint Eastwood.
Embauchés dans l'industrie automobile puis créant leurs propres entreprises dans les services, c'est une partie de la communauté en mal d'intégration qui est présentée dans le film à travers
la question des gangs de quartiers tentant de recruter
Thao le jeune voisin de
Walt Kowalski (Clint Eastwood).
Kowalski est un vétéran de la Guerre de Corée, les asiatiques il les connaît et leur attribue des noms racistes et les méprise. De la guerre il a conservé son fusil M1. Il a perdu sa femme
catholique pratiquante et tue le temps en buvant de la bière à flot sortie de sa glacière à ses pieds. Devant lui la pelouse est encore entretenue mais ses voisins sont partis laissant le quartier
aux populations Hmongs. Les maisons se dégradent, les façades de bois ne sont plus repeintes et les nains de jardin disparaissent. Il est le dernier à planter la bannière étoilée au fronton de sa
maison.
Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette
voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne. Lorsque le jeune et timide Thao (Bee Vang) tente de la lui voler
sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant
pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage.
Gran torino est aussi un film sur
le vieillissement de la société, l'ancien ouvrier de chez Ford ne comprend plus les jeunes et leurs habitudes, il ne comprend plus ses fils qui veulent le
placer dans une maison de retraite (les « resorts » privés) et l'incitent à quitter son quartier (pour rejoindre peut-être une « gated community »). Il ne comprend sa petite fille accrochée à son
téléphone portable le jour des obsèques de sa grand mère.
Les paysages de ce film ne sont pas des grands espaces mais des rues désertées, des passages piétonniers entres les maisons défraîchies où les gangs sévissent et s'en prennent au jeune
Thao.
Le site des
Cafés géographiques analyse le film sous l'angle de l'opposition entre le devant (front yard) et le derrière
(back Yard) de la maison.
« Si le bonheur est de cultiver son jardin, Eastwood, lui , y va à grands coups de bêche dans le front yard garden de l'inconscient collectif américain. Le jardin et la maison sont le point
nodal de Gran Torino. On peut y voir un cheminement quasi magnétique : Eastwood acteur puis réalisateur n'a, en effet, pas son pareil pour se confronter cinématographiquement aux grands mythes
américains. La crise économique et l'âge venant, il continue d'épouser, de frotter et de gratter l'identité américaine et ses fondations spatiales. Quittant les routes, après deux quasi road movies
(Un monde parfait et La route de Madison) où il explorait l'imaginaire asphalté de l'Amérique rurale profonde, bifurquant des rues de ces deux derniers films plus urbains, banlieusards (Mystic
river et Million Dollar Baby), Eastwood, semble ici garer voiture et caméra. Comme par effet de zoom se recentrer encore, sur la cellule de vie élémentaire de la société américaine : la maison. Cet
ensemble maison/jardins/car alley, receptacle du vertige des grands espaces américains une fois la conquête de l'ouest achevée, Gran Torino y puise son énergie, celle des grands films ».
« La maison et surtout les jardins sont donc métaphores de l'Amérique. L'Amérique d'Eastwood célèbre, il faut le reconnaître, les « bons » migrants, ceux qui savent rester fidèles aux
traditions tout en admirant l'Amérique, ceux qui travaillent de leurs mains, à l'image des bâtisseurs du pays et à l'opposé des « mauvais » migrants, ceux des gangs. Mais Eastwood ne tombe jamais
complètement dans le manichéisme et Gran Torino critique également frontalement l'hypocrisie de l'Amérique blanche qui s'est perdue quelque part dans les villas exurbaines et les resorts pour
personnes agées ».
D'après
Bertrand Pleven
La bande annonce et les photos du film :
Vous pouvez retrouver
les lieux
de tournage sur Google Earth
Nous sommes loin des banlieues de Wisteria Lane, nous sommes dans la "Rust Belt" et non dans la "Sun Belt". La scène dans laquelle une bande de
jeunes afro américains provoque la jeune Sue, la sœur aînée de Thao montre ce
paysage délaissé avec de grands vides, des carrefours surdimensionnés dans
un pays qui consomme son espace et
ses ressources.
Gran Torino est un film américain de
Clint Eastwood, sorti en 2008.
Je me permet de vous signaler une vidéo très enrichissante pour comprendre Détroit.
Elle est tirée du magazine GlobalMag diffusé chaque vendredi sur Arte
http://www.arte.tv/fr/content/tv/02__Universes/U1__Comprendre__le__monde/02-Magazines/15_20Global_20Mag/05_20Image_20satellite/edition-2009.02.13-19_3A30/ART_20IMASAT__6/2452868.html
Bonne continuation
J'ai crée un blog pour lire ce film .... http://le-cinema-autrement.over-blog.com
Pour l'instant, seul GRAN TORINO est présent dans ce blog. Il a aussi plusieurs musiques de films (+ de 50).
Merci André.
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