Lecture géographique de Gran Torino (Clint Eastwood)

Publié le 7 Avril 2009





Gran Torino est un film sur l'Amérique des années 2000. Les paysages urbains sont présentés à travers le prisme de la crise de « l'industrial belt ». Regardons ce film avec un oeil de géographe.


 A Détroit les usines qui fabriquaient la Gran Torino cette automobile mythique de Starsky et Hutch sont en difficulté. La société elle aussi traverse la crise. Les banlieues pavillonnaires sont désertées par les classes moyennes blanches et remplacées par les minorités ethniques. Dans ce film ce ne sont pas les noirs et les hispaniques mais les asiatiques et plus particulièrement les Hmongs qui nous sont présentés.

Les Hmong sont un peuple d'Asie, originaire des régions montagneuses du sud de la Chine au nord du Viêt Nam et du Laos., Après la guerre du Vietnam, ils ont du fuir leurs montagnes et se sont réfugiés aux Etats Unis où on les retrouve dans le film de Clint Eastwood.

 Embauchés dans l'industrie automobile puis créant leurs propres entreprises dans les services, c'est une partie de la communauté en mal d'intégration qui est présentée dans le film à travers la question des gangs de quartiers tentant de recruter Thao le jeune voisin de Walt Kowalski (Clint Eastwood).



Kowalski est un vétéran de la Guerre de Corée, les asiatiques il les connaît et leur attribue des noms racistes et les méprise. De la guerre il a conservé son fusil M1. Il a perdu sa femme catholique pratiquante et tue le temps en buvant de la bière à flot sortie de sa glacière à ses pieds. Devant lui la pelouse est encore entretenue mais ses voisins sont partis laissant le quartier aux populations Hmongs. Les maisons se dégradent, les façades de bois ne sont plus repeintes et les nains de jardin disparaissent. Il est le dernier à planter la bannière étoilée au fronton de sa maison.

Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne. Lorsque le jeune et timide Thao (Bee Vang) tente de la lui voler sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage.

Gran torino est aussi un film sur le vieillissement de la société, l'ancien ouvrier de chez Ford ne comprend plus les jeunes et leurs habitudes, il ne comprend plus ses fils qui veulent le placer dans une maison de retraite (les « resorts » privés) et l'incitent à quitter son quartier (pour rejoindre peut-être une « gated community »). Il ne comprend sa petite fille accrochée à son téléphone portable le jour des obsèques de sa grand mère.
Les paysages de ce film ne sont pas des grands espaces mais des rues désertées, des passages piétonniers entres les maisons défraîchies où les gangs sévissent et s'en prennent au jeune Thao.



Le site des Cafés géographiques analyse le film sous l'angle de l'opposition entre le devant (front yard) et le derrière (back Yard) de la maison.



« Si le bonheur est de cultiver son jardin, Eastwood, lui , y va à grands coups de bêche dans le front yard garden de l'inconscient collectif américain. Le jardin et la maison sont le point nodal de Gran Torino. On peut y voir un cheminement quasi magnétique : Eastwood acteur puis réalisateur n'a, en effet, pas son pareil pour se confronter cinématographiquement aux grands mythes américains. La crise économique et l'âge venant, il continue d'épouser, de frotter et de gratter l'identité américaine et ses fondations spatiales. Quittant les routes, après deux quasi road movies (Un monde parfait et La route de Madison) où il explorait l'imaginaire asphalté de l'Amérique rurale profonde, bifurquant des rues de ces deux derniers films plus urbains, banlieusards (Mystic river et Million Dollar Baby), Eastwood, semble ici garer voiture et caméra. Comme par effet de zoom se recentrer encore, sur la cellule de vie élémentaire de la société américaine : la maison. Cet ensemble maison/jardins/car alley, receptacle du vertige des grands espaces américains une fois la conquête de l'ouest achevée, Gran Torino y puise son énergie, celle des grands films ».



« La maison et surtout les jardins sont donc métaphores de l'Amérique. L'Amérique d'Eastwood célèbre, il faut le reconnaître, les « bons » migrants, ceux qui savent rester fidèles aux traditions tout en admirant l'Amérique, ceux qui travaillent de leurs mains, à l'image des bâtisseurs du pays et à l'opposé des « mauvais » migrants, ceux des gangs. Mais Eastwood ne tombe jamais complètement dans le manichéisme et Gran Torino critique également frontalement l'hypocrisie de l'Amérique blanche qui s'est perdue quelque part dans les villas exurbaines et les resorts pour personnes agées ».
D'après Bertrand Pleven


La bande annonce et les photos du film :



Vous pouvez retrouver les lieux de tournage sur Google Earth

        Nous sommes loin des banlieues de Wisteria Lane, nous sommes dans la "Rust Belt" et non dans la "Sun Belt". La scène dans laquelle une bande de jeunes afro américains provoque la jeune Sue, la sœur aînée de Thao montre ce paysage délaissé avec de grands vides, des carrefours surdimensionnés dans un pays qui consomme son espace et ses ressources.

Gran Torino est un film américain de Clint Eastwood, sorti en 2008.

Rédigé par François Arnal

Publié dans #geofac

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Miartist 02/05/2009 14:18

Bonjour,
Merci pour votre article . J'ai crée un blog pour lire ce film .... http://le-cinema-autrement.over-blog.com Pour l'instant, seul GRAN TORINO est présent dans ce blog. Il a aussi plusieurs musiques de films (+ de 50). Merci André.

Raingeard 29/04/2009 16:36

Très interessant!Je me permet de vous signaler une vidéo très enrichissante pour comprendre Détroit.Elle est tirée du magazine GlobalMag diffusé chaque vendredi sur Artehttp://www.arte.tv/fr/content/tv/02__Universes/U1__Comprendre__le__monde/02-Magazines/15_20Global_20Mag/05_20Image_20satellite/edition-2009.02.13-19_3A30/ART_20IMASAT__6/2452868.htmlBonne continuation