Sujet Agreg document 6

Publié le 29 Novembre 2006

Doc 6
Entre ville et campagne : un nouvel espace de vie

Franck Scherrer et Emmanuelle Bonerandi
http://www.scienceshumaines.com/entre-ville-et-campagne--un-nouvel-espace-de-vie_fr_13965.html
Sciences Humaines Hors-série N° 50 - Septembre - Octobre 2005 France 2005. Portrait d'une société

    Désormais, ce sont les couronnes périurbaines qui attirent le plus d'habitants. Pourtant, elles sont les grandes oubliées des politiques d'aménagement du territoire. Ni ville ni campagne, les couronnes périurbaines vont devoir faire face à des défis majeurs : vieillissement, précarité et problèmes de mobilité.
La révolution tranquille de la périurbanisation est en marche. Elle traduit la force d'un processus qui modèle de nouveaux espaces de vie aux marges des agglomérations. Entre les deux recensements de 1990 et 1999, la population des couronnes périurbaines est passée de 6,9 à 9,3 millions de personnes, soit près de 16 % de la population métropolitaine contre 12 % en 1990, répartie sur 10 800 communes (7 900 en 1990) . Celles-ci enregistrent les plus forts taux d'évolution sur la dernière période intercensitaire (+ 1,01 % par an entre 1990 et 1999, contre une moyenne nationale de + 0,37 %), en raison d'un solde migratoire largement positif (+ 0,61 % par an, contre une moyenne nationale quasi nulle de + 0,01 %).
La périurbanisation est marquée par un fort afflux démographique. L'allongement des déplacements, notamment ceux du domicile au travail, transforme le visage des espaces aux marges de la ville et modifie les modes de vie. En effet, les actifs vivant dans les communes périurbaines sont les plus mobiles : ils sont 79,1 % à quitter leur commune de résidence pour aller travailler à l'extérieur, contre une moyenne nationale de 60,9 %. Si la distance moyenne des déplacements s'allonge, elle atteint son maximum dans la couronne périurbaine des métropoles.

Gérer la diversité sociale
Le périurbain est ambivalent et soulève les controverses. S'il renvoie à un idéal-type de réussite sociale à travers le modèle du couple salarié avec deux enfants habitant une maison individuelle, il focalise également nombre de maux contemporains : étalement urbain incontrôlé, dégradation de l'environnement, pollutions, congestion des axes de circulation. Paradoxalement, l'espace périurbain souffre d'un déficit de caractérisation fine et d'un manque de reconnaissance institutionnelle. Les chercheurs en sciences sociales butent sur la difficulté à saisir cet espace labile, comme en témoignent les modifications des nomenclatures et des découpages de la statistique officielle. Ni urbain ni rural, le périurbain consisterait alors en « un tiers espace, un entre-deux, une transition, un continuum de situations hybrides (3) ».
Derrière l'image revendiquée d'ascension sociale, se font également jour d'importantes inégalités sociospatiales. On observe ainsi une montée de la précarité de certaines populations et l'apparition de poches de pauvreté dans des lotissements périphériques. Les ménages les plus modestes y sont fragilisés par l'endettement, lié à l'acquisition d'une maison individuelle, et les dépenses de transport. Ces populations ne suscitent pas encore l'attention publique, surtout tournée, pour ce qui est du territoire, vers des espaces emblématiques comme les quartiers dits sensibles et, pour ce qui est du social, vers la figure du SDF. Il semblerait que ces espaces périurbains concentrent davantage de ménages modestes aux ressources précaires, mais qui ne bénéficient encore bien souvent que des allocations familiales comme seule aide sociale. Pour ces « captifs d'une localisation sous contrainte », dont parle la géographe Marie-Christine Jaillet, le rêve de la maison individuelle prend les formes d'une HLM à l'horizontale, caractérisée par le manque de mobilité, la perte des liens sociaux, voire l'enfermement (4).
C'est un phénomène que la politique nationale de cohésion sociale devrait prendre en considération. Alors même que l'Etat a largement encouragé l'accession à la propriété individuelle des ménages modestes par des outils financiers attractifs, tel le prêt aidé à l'accession à la propriété (pap), relayé depuis 1995 par le prêt à taux zéro, jusqu'à la récente et médiatique « maison Borloo » à 100 000 euros, il conviendrait qu'il prenne la juste mesure des enjeux sociétaux et des solutions à mettre en oeuvre pour y répondre (...)

Franck Scherrer et Emmanuelle Bonerandi
Le premier est urbaniste, professeur à l'université Lyon-II, directeur de l'Institut d'urbanisme de Lyon et coauteur, avec Stéphane Rabilloud, de « L'Isle-d'Abeau : la difficile naissance politique de l'agglomération », Pouvoirs locaux, n° 60, mars 2004. La seconde est géographe, maître de conférences à l'ENS-Lettres et sciences humaines et auteure de « La mobilité des populations pauvres dans les espaces anciennement industrialisés. Pour une relecture de la pauvreté en milieu rural », actes du colloque « Habiter et vivre dans les campagnes de faible densité », Foix, 15-16 septembre 2004, à paraître.


Rédigé par François Arnal

Publié dans #agrégation interne géo développement durable 6-12-

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