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Publié le 29 Novembre 2006

Entre territoires et réseaux


Par BENOÎT RICHARD

La fin des territoires, effacés par les réseaux, n'a pas eu lieu. En fait, la géographie montre combien les derniers peuvent contribuer à la vitalité des premiers.

Depuis les années 1990, le territoire a fait une entrée remarquée en géographie. Tout est devenu territoire. « Chaque jour, l'humanité crée des villes, des routes, des contrées, des paysages, sans oublier du langage, des croyances, des lois..., bref du territoire », souligne ainsi Roger Brunet (Le Développement des territoires, L'Aube, 2004). Le territoire était associé à l'idée d'appropriation du sol, à la localisation d'activités économiques, culturelles, et progressivement à l'idée de région. C'est alors qu'est arrivé Internet, perçu comme un immense défi aux territoires, au point que certains politistes comme Bertrand Badie ont pu prédire leur fin dès 1995 (La Fin des territoires, Fayard, 1995). Les réseaux, fondés sur l'horizontalité des relations, les jeux d'acteurs, les échanges, etc., ont bien semblé remettre en cause les frontières matérielles tenues par la hiérarchie pyramidale des Etats et des institutions, grands producteurs de territoires. Mais à côté du modèle de territoire figé, qui a prévalu jusque dans les années 1960, d'autres ont émergé, plus souples, moins définitifs, comme celui, individuel, des multiples endroits fréquentés dans la journée par une même personne, ou celui également multiforme de l'entreprise...
Vivre ensemble

Les réseaux de villes européennes ou d'entreprises, les pôles de compétitivité, les districts industriels, etc. sont autant d'exemples de production quotidienne et évolutive de nouveaux territoires. Plus qu'une confrontation entre réseaux et territoires, c'est plutôt un ajustement mutuel que l'on observe. Loin de les opposer, la géographie réunit donc les deux concepts sur un même terrain, celui des rapports de l'individu au collectif. Elle les réunit aussi autour d'une problématique commune, celle du vivre ensemble. Comme le rappelle Jean-Yves Piot, « les géographes se sont saisis précocement de la question à travers la notion "d'habitabilité" de la terre ». Un monde en réseau ne contrarie donc pas forcément l'existence de territoires. « C'est même, déclare R. Brunet, la production de territoires qui fonde la liberté. Elle nous distingue de l'animal qui n'a qu'un seul territoire à défendre contre tout intrus. » Et les réseaux de contribuer à structurer les territoires selon de nouvelles lignes de force qui ont aussi leurs enjeux, par exemple ceux de la gouvernance et du développement.

Benoît Richard
Source : Sciences Humaines
http://scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_dossier_web=1&id_article=5457

Rédigé par François Arnal

Publié dans #agrégation interne géo développement durable 6-12-

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