Habiter la Terre.

Publié le 8 Octobre 2007

Ce matin en LS 1 il fut question de lieu, d’espace, de distance ou de territoire, enfin bref de géographie.



En dépassant le simple et banal paysage de Pierrefonds (sur le manuel Belin de 1° L ES S de R. Knafou 1997 p 67) , en cherchant les relations qui unissent l’homme à son territoire ont émergé les termes d’habiter, se déplacer, produire, aménager, conditions de l’existence de l’homme.

Revenons donc sur la mobilité et sur "l’habiter", concepts mobilisables dans le raisonnement géographique

L’espace habité est la trace de l’écriture des hommes sur la Terre.

Je vous propose donc un texte de réflexion de Mathis Stock. trouvé sur le site Espace Temps

"L’habiter comme pratique des lieux géographiques".



Comment appréhender les dimensions spatiales des sociétés humaines ?

 Afin d' apporter des éléments de réponse à l’un des questionnements fondamentaux de la géographie, on propose ici une perspective particulière centrée sur les manières dont les individus pratiquent les lieux, bref l’habiter.

En effet, deux éléments de contexte concourent à proposer un questionnement centré sur l’habiter : d’abord, un contexte scientifique qui fait que les questions des valeurs ou significations assignées aux lieux géographiques sont investies par les géographes depuis une trentaine d’années…



Le « contexte de découverte » de l’expression « pratiques des lieux »
ou « pratiquer les lieux » a émergé à partir de deux sources majeures. D’abord,
Michel de Certeau (1990) appelle « pratique du lieu » le fait de déployer les
pratiques pour que le lieu devient espace.

« Est un lieu l’ordre (quel qu’il soit) selon lequel des éléments sont
distribués dans des rapports de coexistence.
S’y trouve donc exclue la possibilité, pour deux choses, d’être à la même place. La loi du
‘propre’ y règne : les éléments considérés sont les uns à côté des autres, chacun situé en un endroit ‘propre’ et distinct qu’il définit.
Un lieu est donc une configuration instantanée de positions. Il implique une indication de stabilité. Il y a espace dès qu’on prend en considération des vecteurs de direction, des quantités de vitesse et la variable du temps. L’espace est un croisement de mobiles. Il est en quelque sorte animé par l’ensemble des mouvements qui s’y déploient. (...)
L’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé, c’est-à-dire quand il est saisi dans ambiguïté d’une effectuation, mué en un terme relevant de multiples conventions, posé comme l’acte d’un présent (ou d’un temps), et modifié par les transformations dues à des voisinages successifs. À la différence du lieu, il n’a donc ni l’univocité ni la stabilité d’un ‘propre’. En somme l’espace est un lieu pratiqué »
(p.173, souligné dans l’original).

"De Certeau (1990) renverse donc l’acception commune des géographes du lieu
comme expression spécifique de l’espace plus général et englobant.

D’abord, il y a le lieu qui, par la pratique, devient espace. Le lieu devient espace lorsque
l’on appréhende dans leurs dimensions temporelles et spatiales les pratiques qui
s’y déroulent.
la pratique des lieux comme étant l’habiter des lieux du monde constitue ainsi un nouveau
regard géographique" . d'après Mathis Stock.

la suite de cette réflexion sur l'article sus cité..



Mathis Stock est Géographe, maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (EA HABITER) et membre de l’EAMIT(Université de Paris 7-Denis Diderot). Ses recherches portent sur l’habiter, dont le tourisme, dans les sociétés contemporaines en développant une approche par les pratiques des lieux. Il anime la revue Travaux de l’Institut de Géographie de Reims et est co-editor de la revue Social Geography. Parmi ses dernières publications,  BELGEO-Revue Belge de Géographie, n°3 (avec Philippe Duhamel) et « Les compétences cachées du touriste », Sciences Humaines, n°154, p. 27-31 (avec Giorgia Ceriani et Rémy Knafou).




Cette réflexion sur l’habiter pourra être complétée par la lecture de l’ouvrage d’Olivier Lazzarotti paru chez Belin  en 2006 : Habiter la condition géographique.

"L’auteur nous dit qu’habiter c’est se construire en construisant le monde. Le fait d’être né ici ou là, de vivre ici ou là et de mourir ici ou là parle bel et bien de cette part de chaque homme qui participe à faire qui il est. En habitant les lieux et les territoires, en y résidant, en les fréquentant, en les traversant, les hommes participent individuellement et collectivement à la construction du monde. Des liens se nouent aussi entre les lieux et les hommes qui les parcourent et dessinent par leur mouvement des territoires et des repères".

La suite de ce compte rendu d’ouvrage écrit par Jean-Philippe Raud Dugal sur le site des Clionautes.

Ou encore le café géographique.

e
nfin dans la revue Espace Temps citée ci dessus.

 
du même auteur, je vous recommande :
Les sociétés à individus mobiles : vers un nouveau mode d’habiter ? L’exemple des pratiques touristiques.

ainsi que :
L’hypothèse de l’habiter poly-topique : pratiquer les lieux géographiques dans les sociétés à individus mobiles.

Les paysages qui illustrent cette note sont pris le 6/10/07 entre les Vosges et la plaine d'Alsace de retour du FIG de Saint-Dié-des-Vosges. Les paysages saisis à travers la fenêtre de la voiture en déplacement, l'automobile demeure l'outil et le symbole dans nos sociétés de la mobilité...

Rédigé par François Arnal

Publié dans #prépa ENS LSH

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Marie-Aude 24/11/2007

Je n'ai jamais été une grande géographe... mais mon retour aérien du Maroc, qui m'a fait passer d'Agadir aux petits villages isolés des montagnes marocaines, jusqu'aux plaines allemandes, a suscité des réflexions bien proches