Carte postale géographique : le cairn de la plage de San Alessio Seculo par Solène.

Publié le 21 Juillet 2011

Quand la beauté est aussi simple qu’un tas de pierres…

 

 

Cairn Solène

Photo Solène Eymaron juin 2011

 

Parfois, il suffit de peu de choses. La beauté et la poésie peuvent se trouver n’importe où, à n’importe quel moment.

Personnellement, c’est en ce lieu, sur cette petite plage de Sant’Alessio Siculo, au Nord-Est de la Sicile, que j’ai ressenti ce sentiment de beauté m’envahir, au moment où le soleil, qui venait de disparaître derrière une mer laiteuse, laissait un paysage aux couleurs pâles s’étendre devant nous, contrastant ainsi avec les galets aussi sombres que la nuit, qui n’était pas encore tout à fait tombée. Alors que je distinguais avec peine la ligne d’horizon, brouillée par la confusion entre le gris de la mer et celui du ciel, je vis se détacher de ce paysage mélancolique la silhouette atypique et pointue d’une forme d’art dont j’ignorais encore l’existence : il s’agissait d’un cairn. Intriguée par cette curiosité s’élevant timidement vers le ciel, me faisant ainsi furtivement penser à la Tour de Babel, je me renseignai aussitôt sur les origines et la signification de cette pratique.

En réalité, bien avant de constituer un art, les cairns ont une fonction tout à fait concrète : ce sont de petits monticules artificiels de pierres, destinés à baliser des sentiers (et ce depuis la Grèce antique) ou permettre de repérer le sommet d’une montagne. Ils apparaissent donc, aux premiers abords, comme des objets utiles créés par l’homme à l’aide d’outils rudimentaires que la nature lui a fourni : de vulgaires pierres. Tels de fidèles gardiens de leur territoire, ils semblent témoigner de l’appropriation de la nature par l’être humain. Comme des empreintes humaines, les cairns, également appelés « montjoie », parsèment, entre autres, certains paysages écossais (d’ailleurs, le mot vient de l’écossais « càrn », qui possède cependant un sens beaucoup plus large, puisqu’il peut désigner des amoncellements naturels de pierres). Quoiqu’il en soit, les cairns semblent faire partie de la culture des écossais, qui ont pour coutume de transporter une pierre jusqu’en haut d’une colline afin de la déposer sur un cairn, selon un vieux proverbe : «  Je déposerai une pierre sur ton cairn ».

 

cairn San Alessio Arnal F

Photo et réalisation F Arnal Juin 2011

 

Au-delà de la pure dimension pratique de ces constructions, apparait la dimension symbolique : les cairns servent également à marquer des sites funéraires, notamment en Bretagne où ils sont courants (on peut noter l’exemple du grand cairn de Barnenez dans les Finistère, construit entre 4 500 et 3 900 ans avant J.-C., mesurant 75 mètres de long sur 28 de large et qui abrite onze chambres funéraires).

Enfin, les cairns sont liés au thème du voyage (certainement en raison de leur première vocation de marquage d’itinéraires), et symbolisent la patience et l’adresse de celui qui l’érige. Cette pratique peut devenir un véritable jeu consistant à construire le Cairn le plus haut possible… Une tâche pas si facile !

 

On peut ainsi considérer les cairns comme une preuve qu’un objet utile, ayant plusieurs fonctions, peut être en même temps un objet d’art. Celui de la photo, composé de galets de plus en plus petits, m’a fait penser à une aiguille menaçant de déchirer le ciel. Mais on peut aussi l’interpréter comme une représentation de la présence humaine ; en allemand, le terme désignant les cairns (« Steinmann ») signifie « homme de pierre », dévoilant ainsi à quel point l’homme s’implique dans ces petites constructions, parfois sensées le représenter…

 

Planté dans le paysage, modeste construction, ce cairn aura été une empreinte de notre passage un peu moins éphémère que notre présence sur cette plage…

 

Solène eymaron

HK42 Fauriel

d'autres photos du lieu ici

Rédigé par François Arnal

Publié dans #cartes postales géographiques

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