Carte postale géographique par Marine B : Athènes et le mont Lycabette

Publié le 1 Septembre 2010

 

 

Vue du haut de l'Acropole sur la ville d'Athènes et le mont Lycabette

 

Athenes Marine B

 

Cette image a été prise du haut de l'acropole. Cette vue me semble intéressante, ou mieux, m'a plu, pour plusieurs raisons. La position surélevée qu'offre le lieu choisi par les Grecs pour fonder le monumental Parthénon offre une vue en plongée sur la ville d'Athènes.

Athènes, qui apparaît au premier plan, cette ville qui nous attirait tant, et qui, finalement, nous a tous contraint, malgré nous, à grimacer à la vue de ses murs gris. Athènes ? C'est, en chiffres, une ville de 383km2, habitée par 745 514 hommes, une ville à la densité de 19 618,8 habitants au km2. Historiquement, Athènes a été habitée sans interruption pendant au moins 3 000 ans. Après une longue période de déclin sous l'Empire Ottoman, elle a de nouveau émergé au XIXe siècle comme capitale de l'Etat grec indépendant.

Cela, c'est ce que disent les livres, les sites, ce qui est écrit mais ce n'est pas, évidemment, ce que nous, néophytes, voyons quand nous entrons dans la ville. Non, ce n'est pas ce que disent les chiffres que nous voyons, mais plutôt le reflet de ce que disent les Grecs. Eux qui ont surnommé leur ville Tsimentoupolis, autrement dit, « la ville de ciment ».

Car oui, c'est bien cela que nous découvrons derrière les vitres du bus. Et c'est bien cela que nous voyons là, au premier plan de la photographie. D'une part, et sur des kilomètres, s'étend comme une marée noire hideuse et puante la laideur de la ville d'apparence pauvre, son béton et ses tôles, ses boutiques, ses routes, son abondance de gens, de magasins, de Grecs, de touristes et de mendiants, son abondance de pollution, son abondance tout court, son absence d'air, de verdure, son absence de vie...Il n'y a plus d'horizon ici, quand nous sommes au cœur de la ville. Alors, c'est quand on ne voit plus l'horizon, qu'on choisit, plutôt que de regarder nos pieds, de lever les yeux vers le ciel.

 

Et là, la Grandeur nous apparaît. Mais une grandeur qui semble de pas être la nôtre, celle des temps passés, pourtant l'œuvre des hommes mais qui pour nous, hommes modernes, sont comme des Dieux, inaccessibles. Nous avons alors « escaladé » l'Acropole, plateau rocheux au centre d'Athènes, et pu contempler, non seulement les temples et les vestiges d'une civilisation grandiose, mais aussi son goût splendide pour l'esthétique et, donc, pour une certaine inutilité (qu'on lui jalouse peut-être aujourd'hui). Puis en se tournant un peu, la colline offre une vue panoramique sur la ville, ce que nous voyons précisément sur la photographie. Ainsi, cette ville que nous avons d'abord traversée en bus et que nous observons maintenant de haut, ces premières, naïves impressions que nous avons ressenties, et évoquées, sont à lier intimement avec la question houleuse de l'urbanisme et de l'urbanisation de la ville. En effet, alors que dans les années 1950-60 on pouvait encore se déplacer à pied dans le centre d'Athènes, concentrant les activités dans un espace réduit et dense, nous sommes aujourd'hui confrontés à une toute autre configuration.

 

Après les années 1960, la ville a connu le développement de l'automobile, l'engorgement des avenues menant au centre d'Athènes, ainsi qu'une crise des transports publics. Les habitats puis les activités ont ainsi été « transférés » hors du centre, mais le desserrement a accentué en fait l'engorgement et la pollution. Cette dernière, ajoutée à la congestion et au difficile accès au centre ont amené les couches les plus aisées à abandonner le centre. Des centres secondaires dispersés dans une urbanisation diffuse deviennent à nouveau des pôles de congestion, et le développement périphérique intensifie la ségrégation spatiale. Le lotissement, la construction illégale et la pollution du littoral éloignent progressivement la nature. C'est donc à ce bilan là, résultat d'un « libéralisme urbanistique » (G.Prévélakis), d'une spéculation foncière sauvage sans planification urbaine, que nous avons été confrontés, que sont confrontés tous les jours les habitants d'Athènes. Le milieu urbain est dégradé, le site surexploité, les moyens financiers manquent... Ce n'est pas le marasme économique à lui seul qui justifie l'expression de « crise d'Athènes ». Peut-on pour autant, au regard de « deux villes » qui se côtoient, parler de la déchéance de la Grèce moderne? La question de l'urbanisme est un enjeu qui a été pris en compte par les politiques, la situation n'est pas irréversible, et des solutions, comme la charte d'Athènes sont mises en œuvre. Rédigée en 1933 par le Conseil national d'architectes modernes et publiée par Le Corbusier en 1941, cette charte énonce les moyens d'améliorer les conditions d'existence dans la ville moderne.

 

Enfin, cette image, au-delà des immeuble, des antennes satellites et du ciment, nous montre, avec ses deuxième et troisième plan, une ville entourée de monts. Avec ses seulement 170 mètres d'altitude, Athènes ne peut s'étendre du fait de ses limites naturelles. La ville est en effet encerclée par les monts Hymette (1026m) à l’Est, Pentélique (1109m) et Parnès (1413m) au Nord et Egaleo (468m) à l’Ouest, au Sud elle est baignée par le golfe Saronique. Une série de collines la traverse dans sa longueur du Nord-est au Sud-ouest parmi lesquelles l'acropole, et, celle que nous voyons ici, s'élevant majestueusement au second plan : le mont Lycabette. Formée au Crétacé, elle est constituée de calcaire et culmine à 277 mètres, ce qui en fait le point le plus élevé de la ville d'Athènes. Un funiculaire permet de rejoindre le sommet où se trouve l'église Saint-Georges (Hagios Georgios), bâtie au XIXe siècle, que nous apercevons sur l'image.

Ce relief et ces pentes escarpées inutilisables pour la construction et l'extension de la ville permet le développement d'une végétation dense. On devine, au-delà, la ville qui s'étend et encercle entièrement la colline, ainsi que les limites naturelles d'Athènes, au loin, à l'arrière plan de la photographie.

Ainsi l'image nous montre-t-elle une ville et son relief, mais, bien plus encore, nous rappelle les sentiments éprouvés lors de ce voyage à la contemplation des monuments vieux de deux mille cinq cents ans côtoyant de près notre ville moderne implantée dans un monde bien vieux, mais portant toujours l'empreinte de nos ancêtres.

 

Marine B. HK Lycée Fauriel St Etienne Loire.

Photo prise en Juin 2010.

 

Les photos du voyage en Grèce des prépas littéraires de St Etienne :

Rédigé par François Arnal

Publié dans #cartes postales géographiques

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