Carte postale géographique : Trichy par Dimitri Millefiori

Publié le 27 Octobre 2012

 

Trichy, la Jérusalem indienne

 

Trichy

 


             Bleu, vert, rose, orange, violet…

 

C’est du sommet du Rock Fort Temple que l’on peut admirer Trichy se déversant en un océan de couleurs sur les plaines du centre du Tamil Nadu, un Etat d’Inde du Sud. Une ascension de plusieurs centaines de marches, taillées dans un rocher orangé sortant de nulle part (que l’on monte pieds nus malgré la chaleur de la roche), permet de passer de l’obscurité des ruelles et des traboules au spectacle splendide d’une ville indienne vue du ciel. La vague urbaine qui dévale la montagne ne s’épuise qu’en arrivant sur les rives de la rivière Kollidam dont les flots gris et figés séparent le profane du sacré. L’horizon laisse en effet poindre les vingt-et-un gopurams, d’imposantes tours sculptées des divinités et des personnages héroïques de la religion hindoue, du temple le plus vaste du monde : le Srirangam.

 

 

D’une superficie de 63 hectares, cet édifice religieux du XIVe siècle est dédié à Vishnu, le dieu de la protection, attirant ainsi des milliers de pèlerins à travers toute l’Inde… Ce flot continu de population est principalement alimenté par la station ferroviaire que les toits bleus et les lignes de chemins de fer trahissent sur le côté gauche de la photo, ainsi que par un aéroport et plusieurs stations de bus. L’économie de Trichy est ainsi largement stimulée par ce tourisme religieux, agitant ça et là bazars et marchands à la sauvette spécialisés dans la vente de produits religieux (bracelets de Ganesh porte-bonheur, statuettes, encens…) mais aussi de vrais ou faux brahmanes qui vous bénissent contre quelques poignées de roupies.

Mais Trichy, ce n’est pas seulement une ruche de vishnouites, c’est également un million d’habitants que le spectacle de la rue ne présente pas forcément sous le meilleur jour : des milliers de sans-abris (pas forcément mendiants puisque cette activité n’est pas bien vue en Inde), des intouchables privés de jambes et de bras par la polio (le vaccin est encore trop cher), des chauffeurs de rickshaws, des réparateurs de chez Vodafone -compagnie de téléphonie mobile dont on distingue une antenne au centre de la photo-, des diseuses de bonne aventure, des vendeurs de bananes ou de jus de canne à sucre, des écoliers en uniforme qui veulent devenir ingénieurs… bref, une ville typique de l’Inde du Sud, égale dans la pauvreté, traditionnelle et moderne à la fois. La population vivote donc en pratiquant les métiers de l’artisanat, du textile ou de l’agro-alimentaire, qui transforment les produits fournis par les terres fertiles des alentours (riz, bois, pierre…), même si ces dernières années connaissent une explosion des métiers du tertiaire, poussés par une amélioration qualitative et quantitative de l’éducation (les filles vont désormais toutes à l’école dans le Tamil Nadu, l’Etat le plus alphabétisé d’Inde) et des directives gouvernementales allant dans ce sens.

 

Mais vu du Rock Fort Temple, le bâti urbain laisse transparaître une fragmentation entre les quartiers pauvres du premier plan, denses et désordonnés, et les immeubles du second plan, synonymes de richesses et de confort. Près du pont principal, le terrain de polo, se révèle être ainsi un lieu de rencontre de la bourgeoisie locale quand le reste de la population pratique ce sport anglais dans la rue. Mais ces toits colorés et ces tours bénies par les dieux, s’ils dissimulent mal l’inégalité, ne cachent pas non plus les problèmes environnementaux qui guettent Trichy : les arbres qui s’étendent en une ripisylve le long de la Kollidam, ainsi qu’en haut à droite, disparaissent avec la pression foncière (la surpopulation indienne faisant grimper les prix), la Kollidam est un égout à ciel ouvert tandis que l’on ne sait pas quoi faire des amoncellements de déchets qui jonchent les trottoirs de Trichy.

 

Comme toute ville indienne, Trichy se lance donc dans le XXIe siècle avec le défi de composer entre la croissance économique exponentielle et les progrès sociaux auxquels aspire chaque être humain dans ce pays inégalitaire, rongé par les castes et la place inférieure des femmes…

 

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Dimitri Millefiori est un ancien khâgneux de Fauriel, optionnaire en Histoire géographie, il a choisi d'aller donner de son temps pour une mission humanitaire en Inde au Tamil Nadu.

Son blog relate ses aventures avec beaucoup de talent et de passion.

Merci pour cette note originale et la découverte des paysages indiens.

Rédigé par François Arnal

Publié dans #cartes postales géographiques

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