La géographie : une matière sans histoire au lycée ?

Publié le 12 Janvier 2010

Radio : La géographie au lycée : une discipline ""sans histoire"" (??)

 

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/planete/

 

France Culture : Planète Terre

émission du mercredi 6 janvier 2010

 

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La géographie: une matière sans histoire au lycée ?

 

La grande famille des historiens géographes se mobilise depuis Décembre dernier (la pétition de l'Association des Professeurs d'Histoire géographie a déjà réuni plus de 25 000 signataires).

Alors que la réforme du lycée propose la suppression de l’histoire géographie en matière obligatoire en terminale S, le débat sur la place de la géographie continue sur France Culture.

Ce débat a surtout évoqué l’histoire et très peu la géographie à l’exception d’un article du Monde sur  « L'étrange silence des géographes », par Laurent Cailly le 9 Décembre 2009. (Cf ci dessous l’article du Monde).

Pierre Gentelle s’est également exprimé dans les Cafés Géographiques le 13.12.09.

 

Un pilier de notre système éducatif : l’histoire-géo ?

Le courrier de Cassandre n°104 Pour une carte du Monde nouvelle, pour une géographie "curieuse".

 

« C’est le ministère de l’éducation nationale qui le dit : le pilier de notre système éducatif doit être renforcé, il le sera. D’abord, dans la filière S, le lieu où se retrouvent les fils de profs et de tous les nantis de la nation, en rabaissant l’histoire au niveau du français : exclues de la terminale et examinées en première, ça suffit bien pour ces deux disciplines. La géo suivra inévitablement l’histoire : elle constitue théoriquement la moitié du programme, mais qui s’en soucie ? Ce sont des profs d’histoire qui l’enseignent et ils se complaisent à répéter dans les dîners en ville qu’ils la détestent depuis qu’ils ont dû supporter d’en entendre rabâcher des bribes pendant toute leur scolarité de futurs profs d’histoire, y compris jusqu’à l’agrégation. Chat échaudé...

 

Ma fille, en terminale L, n’a jamais réussi depuis la sixième à entendre le programme complet de géographie - même quand la/le prof ne fait que relire le manuel, bien agréable cependant grâce aux images -. Cette année, il y a un espoir, sa prof a commencé par la géo, mais c’est pas « honnête » : elle est « géographe de formation », pouah ! Les autres élèves pensent que c’est donc la fin du programme d’histoire qui passera à la trappe. Car finir les programmes est encore un sujet dont il ne faut pas parler ».

P. Gentelle : lire l’intégralité de sa réaction ici :

 

 

 

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Questions posées par S Kahn :

- Quelle est l’originalité du couple histoire-géographie en France, que penser de la pluridisciplinarité et quelle est la place de la géographie dans l’enseignement, dans la culture scolaire ?

- La géographie se trouve au centre d’une bataille  scientifique politique et culturelle.

- Quel est son positionnement scientifique et quelle est sa place dans la formation des citoyens ?

- Quelle est la différence entre une discipline scolaire : l’histoire-géographie et un savoir universitaire : la géographie ?

 

            Invités

 

            Christian Grataloup.  Professeur de géographie à l'université Paris-Diderot, chercheur à l'UMR Géographie-Cités. Promoteur de la géohistoire. Il vient de publier chez Larousse l’Invention des continents.

 

            Stéphanie Beucher.  professeur de géographie en collège, puis lycée et à l’IUFM. Elle est Docteur en géographie spécialiste de la géographie des risques CPGE (Prépa commerciale) au Lycée Thiers à Marseille, auteur de manuels chez Bréal co-auteur de "La géographie : pourquoi ? Comment ?")

 

 

Ouvrages complémentaires disponibles au CDI :

 


Stéphanie Beucher, Magali Reghezza

La géographie : pourquoi ? Comment ? : objets et démarches de la géographie aujourd'hui

Hatier - 2005

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Face aux mutations économiques et sociales du monde contemporain, la Géographie s'est enrichie de nouveaux concepts tout en confortant ses fondements scientifiques par une définition plus claire de ses outils. L'ouvrage présente tant les réflexions théoriques générales que l'étude de la diversité des terrains que la Géographie aborde aujourd'hui.

Chaque chapitre propose des textes de référence ainsi que l'analyse d'une notion-clé.

En fin d'ouvrage, une bibliographie détaillée permet de prolonger les thématiques étudiées.

(4e de couverture )

 

 

Présentation de l’émission :

 


 "L’histoire est un savoir qui a l’habitude, en France, du débat dans l’opinion publique et les médias. Avec cette mobilisation, la géographie, savoir généralement discret et matière scolaire qui ne fait pas d’histoire, se trouve au centre d’une bataille politique, scientifique et culturelle. Il ne s’agit pas dans cette émission d’organiser un débat pour ou contre la réforme ministérielle".

L’angle choisi dans ce numéro de Planète terre est le suivant : le coup de projecteur porté sur l’enseignement de l’histoire-géographie nous livre peut être des indices sur la place de la géographie dans la culture scolaire et sur son positionnement dans l’univers scientifique, sur sa valeur et sa fonction sociales et politiques ».

 

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Pour Clioweb, le blog de Danie Letouzey :

A l'écoute, 2 visions différentes de la géo scolaire :

une pédagogie par projets avec plutôt des sujets transversaux

une pédagogie disciplinaire et pluri-disciplinaire.

 

 A l’Université, les Masters sont de plus en plus pluridisciplinaires. Peut on envisager d’autres couples que celui traditionnel de l’histoire géographie ? Certains TPE ont ouvert la voie au lycée (TPE Maths HG ou HG SVT).

 

C’est dans le cadre de projets pédagogiques qu’il faut faire appel à ces nouvelles orientations interdisciplinaires. L’anthropologie par exemple est très peu abordée dans le secondaire pour comprendre la géographie culturelle. Notre vision du monde est souvent très « européocentrée » comme le voulait la tradition vidalienne. La géographie culturelle et la géographie des représentations a ouvert des pistes intéressantes sur ces différentes visions du monde, les programmes permettent peu d’aborder ces questions de fond qui permettraient pourtant de comprendre les conflits, les ruptures dans la lecture des territoires ou des paysages.

 

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Pour C Grataloup, les élèves de Terminale scientifique ne connaissent généralement rien à la civilisation chinoise, noire ou polynésienne (la construction du Monde s’est faite avec le découverte des polynésiens et de leurs grands voyages). Penser le monde dans sa complexité, ce n’est pas seulement réfléchir avec des objets comme le planisphère, objet historique qui donne à voir, mais aussi avec les différentes façons de penser le monde contemporain, la façon de construire les sociétés avec ses multiples héritages.

 

La géographie scolaire : Les programmes en vigueur dans le secondaire ont été écrits en 2000.

Depuis 2001, le nouveau programme de Seconde (Les hommes occupent et aménagent la Terre)  est axé sur les études de cas (« les montagnes entre traditions et nouveaux usages », « les littoraux, espaces attractifs » ou encore « les sociétés face aux risques »…).

 

  Les relations systémiques au sein du géosystème sont abordées.

 

Géo Seconde

 

Voir le manuel de Seconde dirigé par Rémy Knafou avec la participation de Christian Grataloup en 2001. 

 

 La géographie est étudiée dans ses interrelations à différentes échelles de temps et d’espace. La dichotomie nature société est abordée.

 

Le programme de Première date de 2002 : L'Europe, la France

 

Géo première

Pour feuilleter un extrait de manuel Belin et lire le premier chapitre consacré à l’Europe :


Dans le programme de Terminale (2003) : L'espace Mondial est abordé.

 

Terminale géo

Le Manuel de Terminale Belin

 

Pour feuilleter le manuel Belin de Terminale :

 

la notion de Développement durable ou de biodiversité est abordée. Il est donc intéressant pour un élève scientifique d’avoir une perception spatiale et temporelle qui dépasse le cadre disciplinaire des SVT par exemple.

 

On enseigne la France en Première depuis 1852 (c’était la dernière classe vers laquelle on aboutissait avec l’enseignement de la géographie de la France). Avec la création de la Terminale, on a ouvert les programmes sur le Monde (avec les risques d’une vision très coloniale à la fin du XIX° siècle). Il faut s’ouvrir aux autres par la connaissance du Monde et se construire soi-même par la connaissance des territoires proches comme le territoire national intégré dans l’espace européen.

 

Avec la nouvelle réforme du lycée, on sait que l’épreuve d’histoire géographie pour le Bac S sera une épreuve anticipée en fin de première. Mais on ne sait toujours pas de quoi seront faits les nouveaux programmes de Terminale avec cette option pour les scientifiques, ainsi que les nouveaux programmes de Terminale ES ou L. Autour de la démarche de l’Education à l’Environnement et au Développement durable existent probablement des pistes intéressantes d’interdisciplinarité qui ne sacrifieraient pas la géographie sur l’hôtel de la rentabilité. Mais le cadre de l’option pour cette discipline laisse planer le doute sur le choix des élèves scientifiques. Pour C Grataloup, Il faut maintenir le couple histoire-géographie mais aussi éviter le cloisonnement disciplinaire et s’ouvrir aux autres disciplines scientifiques (ce qui sera difficile dans une classe comme la Terminale).

 

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Le problème évoqué par Sylvain Kahn à la fin de l’émission c’est que les historiens ont parfois du mal à enseigner la géographie telle que la rêvent les géographes de formation.

Avec les nouveaux programmes et les nouvelles générations d’enseignants formés sur ces nouvelles bases et dans les IUFM, Stéphanie Beucher pense que les choses peuvent évoluer.

 

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L'étrange silence des géographes, par Laurent Cailly

Point de vue LE MONDE | 09.12.09

 

Etre citoyen, c'est plus que jamais être capable de penser l'espace dans lequel nous vivons. C'est à cela que prépare la géographie.

 

Vingt universitaires prestigieux ont lancé, dans Le Journal du Dimanche du 6 décembre 2009, un appel contre la suppression de l'histoire-géographie en classe de terminale scientifique prévue par la réforme du ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel. Dans la liste figurent principalement des historiens, rejoints par des philosophes, des artistes, un démographe et même un psychiatre, mais aucun géographe : ce silence est pour le moins troublant.

 

Bien sûr, l'Association des professeurs d'histoire-géographie a condamné fermement la réforme, mais elle représente les enseignants du secondaire, très majoritairement composés d'historiens... Qu'en pense la géographie universitaire ? Pourquoi n'est-elle pas au rendez-vous ?

 

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Première hypothèse : habités par un vieux complexe disciplinaire, dans l'ombre des historiens, les géographes auraient du mal à se penser, mais aussi à être reconnus, comme des intellectuels. L'image peu glorieuse d'une science descriptive, des paysages et du terrain, dont l'utilité sociale tiendrait à l'apprentissage des attributs géographiques élémentaires (les localisations, les fleuves, les montagnes), les reléguerait au second plan. Cette explication n'est plus crédible. En trente ans, la géographie a connu quelques "révolutions" et pris le tournant des sciences sociales.

 

On y parle d'acteurs, de territoires et, à travers cela, d'enjeux de société. Pour preuve, les manuels ne ressemblent plus à ceux d'hier. Et les géographes participent de manière croissante au débat public, au côté des politologues, des sociologues, des économistes, etc. Evacuons donc la thèse d'une science complexée.

 

Deuxième hypothèse : le silence des géographes marque une coupure de plus en plus nette entre la géographie scolaire et la géographie universitaire. Nous tenons là, semble-t-il, une bonne part de l'explication. Les géographes sont de moins en moins nombreux à se présenter aux concours de l'enseignement.

 

Inversement, les jeunes enseignants-chercheurs sont moins nombreux que leurs aïeux à être passés par les "concours" et l'enseignement secondaire, avant d'exercer à l'université. Les géographes sont également de moins en moins impliqués dans la formation continue des enseignants, laquelle est réduite à la portion congrue pour des raisons budgétaires. Du coup, le sentiment que l'on n'enseigne pas la même géographie avant et après le bac domine parfois !

 

Enfin, avec la décentralisation, les débouchés de la géographie liés aux métiers de l'urbanisme, de l'aménagement ou de l'environnement se sont étoffés. Dans ce contexte, les collègues universitaires sont souvent davantage préoccupés par la professionnalisation de leurs masters que par les questions relatives aux métiers de l'enseignement. Les conditions d'un divorce entre géographie scolaire et universitaire semblent ainsi réunies...

 

Troisième hypothèse. La géographie a changé, les géographes aussi, mais l'utilité sociale de la discipline, son rôle dans la construction d'une pensée critique et dans la formation du citoyen tarderaient à être redéfinis. L'histoire n'a pas besoin de cela : ses justifications "critique" et "mémorielle", d'ailleurs dissonantes, se renforcent mutuellement pour la légitimer. La géographie, elle, a besoin d'expliquer sa nouvelle place.

 

Qui sait, hors de la discipline et des quelques sciences connexes avec qui elle a appris à travailler, ce que font les géographes ? Et pourtant, ils travaillent. Ils sont les premiers à constater l'inflation des problématiques territoriales et environnementales dans le monde contemporain et ils tentent à leur manière de les décrypter.

 

Ils sont également bien outillés pour analyser la complexité des réalités et des enjeux démocratiques qui s'articulent aux différentes échelles, au sein d'un monde globalisé. Et l'on ne peut qu'être surpris entre une "demande de géographie", toujours plus pressante (dans le débat public, au sein des collectivités locales, par exemple) et l'érosion des effectifs à l'université, en licence de géographie. N'est-ce pas la preuve d'un manque de lisibilité ? Les géographes ne devraient pourtant pas avoir de difficulté à promouvoir et à défendre l'enseignement de leur discipline au nom de la culture générale comme de la formation citoyenne. C'est dans leur intérêt.

 

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Avec l'ouverture du sommet de Copenhague : quelle discipline est mieux positionnée pour expliquer et synthétiser les enjeux biophysiques, politiques, économiques, sociaux et territoriaux du réchauffement climatique ? Qu'ils soient audacieux ou décevants, les engagements climatiques imposeront des choix territoriaux.

 

Ces choix n'auront guère de succès sans implication citoyenne, et cette implication de l'homme dans l'aménagement durable des territoires nécessite que les mots, la méthode et les questionnements du géographe soient a minima partagés. Etre citoyen, c'est plus que jamais être capable de penser l'espace dans lequel nous vivons. C'est à cela que prépare la géographie.

Source Le Monde 2009

Laurent Cailly est maître de conférences en géographie à l'université de Tours, membre du jury de l'agrégation externe de géographie.

 

 

Rédigé par François Arnal

Publié dans #geofac

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François Arnal 13/01/2010 18:23


La réponse du Ministre Luc Chatel aux questions sur la réforme est ici :
http://www.education.gouv.fr/cid49934/reforme-du-lycee-l-histoire-geographie-en-terminale-scientifique.html