Le Corbusier à Firminy par Emeline : visite du site.

Publié le 18 Janvier 2010

Synthèse sur Le Corbusier
par Emeline LS1

Un urbanisme humaniste

Le Corbusier Firminy Mars 2006-06
    Le Corbusier est un architecte qui s’inscrit dans ce que l’on a appelé “l’esprit nouveau”. Ses créations correspondent à une esthétique puriste et porte les traces de concepts réfléchis qui ont marqués l’architecture moderne. Le Corbusier se base sur le nombre d’or, symbole d’harmonie, afin de calculer les proportions de ses bâtiments et du mobilier qu’il y place. Ainsi, ses créations dénotent d’une certaine volonté d’uniformisation, dans le but de créer des objets en série mais qui s’accordent à tous. En effet, toute ces proportions étant fondées sur le même nombre, elles sont toutes harmonieuses entres elles. Par exemple, une chaise pensée d’après le nombre d’or laissera une place suffisante pour les jambes en dessous d’une table fondée sur le même nombre, et ceux quel que soit la physionomie de celui qui s’y assoie. Ceci explique que l’on ait pu se faire l’idée d’un architecte à l’idéal utopique.


    Toutefois il serait erroné de penser que son architecture est inaccessible.
En effet de par sa volonté d’aménager l’espace de manière ingénieuse et pratique, il a réellement créé une architecture à taille humaine. Par exemple, L’unité d’habitation est disposée à proximité de la maison de la culture ou bien du stade et de la piscine. La concentration des activités laisse entrevoir une volonté d’offrir à quiconque l’occasion de pouvoir se divertir, de se cultiver, même aux habitants d’un quartier de banlieue d’une petite ville, telle que Firminy. Le Corbusier a également réfléchi sur l’accès aux services plus “vitaux” tels que la proximité des commerces ou bien de l’école. Le cas de l’école est intéressant, car il est conçu dans l’optique de venir en aide aux mères de famille chargées des tâches ménagères, de s’occuper des enfants, et, en plus parfois, de leur travail.

Firminy Le Corbusier 2009-19
C’est ce qui explique que Le Corbusier ait placé l’école au sommet de son unité d’habitation
, pour offrir un chemin court et sécurisé jusqu’à la classe. De plus, l’intérieur de l’école a été conçu pour répondre à une conception nouvelle de la pédagogie. Les classes, séparées par des portes coulissantes qui font office de tableaux permettent un décloisonnement plus facile. En outre, une grande place est accordée au ludique, avec l’aménagement de bacs à sable dans certaines salles par exemple. Ainsi, le Corbusier a tenté de faciliter la vie des habitants de Firminy-Vert en concevant un quartier complet et ingénieux.

Le Corbusier Firminy Mars 2006-12
    Cependant, cet urbanisme novateur n’a pas échappé aux critiques. Parmi celles là on compte bien sûr la répulsion pour un béton resté brut, mais ce qui nous intéresse ici ce sont principalement les critiques d’ordre plus idéologique ou pratique. On a pu trouver des accusations de totalitarisme, à cause de cette volonté à donner le modèle d’un homme “parfait”, le Modulor. Cette accusation est toutefois totalement erronée et provient d’une mauvaise compréhension du concept du Modulor, qui n’est pas un homme nouveau, mais une base de travail pour, au contraire, universaliser les bâtiments du Corbusier. On note également une accusation de misogynie, car la femme, vouée aux tâches ménagères, n’aurait plus à sortir du quartier, voire de l’unité d’habitations pour faire les courses, ou emmener son enfant à l’école. Cependant, tout ceci est à replacer dans un contexte historique. À l’époque de la conception de Firminy-Vert les supermarchés n’existaient pas encore et la conception de la famille était bien différente, et souvent plus misogyne.

Un espace perçu et vécu


    Cet espace aménagé pour recevoir l’homme a donc, de fait, été longtemps habité, et l’est toujours, mais dans une moindre mesure. Le vécu des habitants du quartier est un aspect à ne pas négliger pour comprendre la répercussion humaine de l’architecture du Corbusier. Ce vécu, bien souvent, délivre une image positive du quartier. Les enfants qui y ont grandi en gardent de bons souvenirs et une certaine affection, ainsi que le sentiment d’avoir vécu dans une banlieue “pas comme les autres”. En effet, Firminy-Vert est particulièrement unificateur sur le plan humain grâce aux différentes structures imaginées pour maximiser les rapports sociaux. Par exemple il n’existe qu’une seule entrée à l’unité d’habitation, ce qui permet de favoriser rencontres et discussions entre voisins.

Le Corbusier Firminy Mars 2006-40

Les couloirs sont très larges et sont appelés rues. Les différents bâtiments du quartier portent des noms de végétaux, comme l’école des Tilleuls par exemple. Tout ceci contribue à l’atmosphère du quartier, à un sentiment de sécurité et de beauté au milieux de la pureté à laquelle la Nature fait appel dans notre inconscient collectif. Toutefois, le vécu ne confirme pas toujours l’efficacité de la conception du Corbusier. Ainsi, son école novatrice et conçue pour accueillir les enfants de l’unité d’habitation est aujourd’hui déserte, tout comme un grand nombre des appartements. Aujourd’hui les critères ont évolué, la tendance est plutôt à la villa pavillonnaire en lotissement qu’aux appartements de Firminy-Vert. Eux qui étaient tous semblables sont aujourd’hui modifiés, fusionnés entre eux. D’autres éléments de l’architecture du Corbusier, sont aujourd’hui inopérants, tels que le toit terrasse, jugé dangereux. Ceci est une véritable trahison du concept de l’architecte pour qui l’espace au sol que le bâtiment prive de lumière, est ici restitué au soleil, par le biais de cette terrasse.
    Firminy-Vert est aussi un espace perçu, par des personnes étrangères au quartier qui posent un regard à l’intérêt non négligeable. En effet, le Corbusier est le créateur d’une architecture surprenante, parfois repoussante à cause de son aspect “brut de béton”. Un espace tel que Firminy-Vert choque, interpelle et par ce biais, offre une perception nouvelle de la banlieue. Ainsi, des éléments tels que le traitement de la lumière, ou bien le contact avec la Nature, la valorisation des relations sociales ou encore la sécurité, détonent avec la perception habituelle que l’on se fait de la banlieue. Le traitement de la lumière est particulièrement fondamental.
Le Corbusier Firminy Mars 2006-20La façade sud de l'Unité d'habitation

En effet, le Corbusier a conçu l’espace de Firminy-Vert comme un lieu sous le soleil, terme qui se retrouve par ailleurs dans l’unité d’habitation de Marseille, la Cité Radieuse. Ainsi, les appartements sont très clairs, et l’architecte, qui avait prévu de construire une seconde unité d’habitation, souhaitait la placer à une distance suffisante de la première pour que l’ombre de cette dernière ne vienne pas enlever de la clarté à la seconde. Ces préoccupations peu coutumières dans une banlieue, surtout dans une petite ville telle que Firminy ont permis d’en offrir une nouvelle vision.
    C’est grâce au maire de Firminy : Claudius Petit, ami du Corbusier, que la ville a eu la chance d’accueillir cet espace urbain révolutionnaire. L’une de ces particularités est également d’être un espace ouvert. En effet, la facilité d’accès tant à la piscine, qu’à la maison de la culture ou au lieu de culte, l’église Saint Pierre, évite les séparations entre ceux qui vivent Firminy-Vert au quotidien et ceux qui perçoivent le quartier de l’extérieur et le fréquentent occasionnellement, car les bâtiments de culture et de loisirs sont ouverts à tous, en contrebas de l’unité d’habitations, et font le lien en même temps que la frontière avec le centre-ville. Firminy-Vert n’est donc pas un espace fermé.

Une réflexion sur le paysage urbain


    Le quartier de Firminy-Vert s’inscrit dans la démarche d’un architecte amoureux du béton. Les bâtiments qui composent son urbanisme se caractérisent par la présence de ce matériau, le plus souvent brute. Non seulement le béton est assumé mais il est revendiqué. D’après Le Corbusier “la rugosité du béton révèle la légèreté de nos âmes”. Ainsi l’architecte rend un véritable hommage à un matériau simple, bon marché, qui a permis de loger tant de personnes sur la planète, et en ce sens re-visite notre conception d’un beau paysage urbain.

Le Corbusier Firminy Mars 2006-32Le quartier de Firminy Vert depuis l'Unité d'habitation

    En outre, Firminy-Vert a la particularité de ne pas être un quartier où  espace urbain et espace naturel sont totalement différenciés. En effet, malgré le béton les aménagements et les routes, la ville ne vient pas anéantir la Nature. Ce concept est d’ailleurs porté par le titre qui juxtapose l’urbain, Firminy et le naturel, Vert. Le Corbusier a mis l’accent sur les éléments naturels et végétaux, tout en les maîtrisant. Ainsi, la lumière, est dirigée afin d’être le plus agréable possible. Par exemple dans l’église on note trois canons à lumière, symboles de la Trinité, dont l’intérieur est peint afin d’offrir une lumière colorée. D’autre part, des lumières indirectes éclairent aussi l’intérieur de l’église, lumières auxquelles viennent s’ajouter de petits trous percés dans l’une des façades, formant les étoiles d’une constellation. Une véritable réflexion est donc engagée afin de faire rentrer l’élément naturel, ici la lumière, d’une manière qui soit en accord avec la fonction d’un lieu.

Le Corbusier Firminy Mars 2006-87Le stade et l'église St Pierre à Firminy

    L’urbanisme novateur de Firminy-Vert est également la manifestation de nouvelles préoccupations, totalement inédites à l’époque. Le jeu sur la lumière que nous venons d’évoquer notamment, s’est fait le vecteur de préoccupations écologiques avant l’heure, avec des vitres permettant de chauffer certains lieux, comme les vasistas dans le couloir qui monte au toit terrasse. De plus, si la nature est respectée et même louée à Firminy-Vert, l’homme et son bien-être semblent également être des préoccupations nouvelles dans le cadre d’un quartier de banlieue destiné à accueillir des logements sociaux. Cependant, cette conception urbanistique surprenante et si bien pensée fut trahit par la Charte d’Athènes, publiée en 1941. Cette Charte est l’aboutissement d’une réunion voulue par Le Corbusier lui-même, mais le concept de “Ville Fonctionnelle” qui en découle, fut lourdement critiqué et souvent mal interprété. Il a donné lieu à des quartiers de logements sociaux trop rigides, bien loin des préoccupations humanistes que Le Corbusier a pu appliquer à Firminy Vert.

Rédigé par François Arnal

Publié dans #prépa ENS LSH

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