Sortie sur le terrain : Firminy et le patrimoine Le Corbusier

Publié le 5 Janvier 2011

Compte-rendu de la visite du site Le Corbusier, du lundi 13 décembre 2010

 CR par Pierre DUPUY



L’image de l’architecte et urbaniste Le Corbusier semble à jamais rattachée à celle d’une ville où le béton est omniprésent de même que les unités d’habitation à très forte densité. Aussi n’est-il pas étonnant que certains aient eu des réticences à aller sur le terrain, dans la zone dite « Firminy-Vert », pour comprendre les enjeux de l’urbanisme corbuséen, par le biais d’une confrontation directe avec son œuvre, commandée par le maire Eugène Claudius-Petit en 1953. La principale question qui résulte de cette confrontation est : « En quoi a-t-elle changé notre vision de l’œuvre de Le Corbusier ? »

 

HK42 Corbusier 3

 

Analysons tout d’abord d’où peut venir la répugnance de certains vis-à-vis du style corbuséen, précurseur en quelque sorte d’un style qui dès les années 1970 se diffuse largement et est critiqué dès les années 1990. J’étais déjà allé visiter le site Le Corbusier, à l’occasion des Journées du Patrimoine en 2006 en compagnie de mes parents et il est vrai que le site m’avait laissé de glace : qu’y avait-il à voir à part des masses de béton qui prétendaient à une légitimité quasi-internationale ? Pourtant, il semble que cette topophobie ne vienne pas directement de Le Corbusier mais plutôt du détournement de l’usage du béton dans les « cités HLM ».

 

HK42 Corbusier 1

 

Pour comprendre quel était vraiment l’objectif de l’urbaniste lors de cette seconde visite, il a fallu faire un détour par la Maison de la Culture et écouter Djamel, passionné par cet homme, ayant vécu plusieurs années dans l’Unité d’Habitation Le Corbusier et guide de son état. « Il faut savoir qu’à l’époque de Le Corbusier, il y a 40 % de logements sans eau potable, nous explique-t-il pendant que nous notons ses remarques, 6 % sont pourvus de toilettes et seulement 13 % de salles de bains, et ce sont des équipements qui nous paraissent indispensables aujourd’hui ».

 

HK42 Corbusier 2

 

Ajoutons à cela la création du premier supermarché avec Caddie inauguré à Firminy-Vert et les 80 % d’espaces verts exigés par Le Corbusier et notre vision des perspectives corbuséennes s’en retrouve radicalement bouleversée. J’apprends ainsi les cinq points Le Corbusier que certains connaissaient déjà avant la visite : plan libre, façade libre, toit-terrasse, pilotis, afin que l’accès au sol soit uniquement réservé aux piétons, et fenêtres-bandeaux, c’est-à-dire horizontales. Voilà comment résumer grossièrement Le Corbusier ainsi que son œuvre. Mon ressenti n’a donc pas été directement influencé par les bâtiments, vus quatre ans auparavant et aperçus à mon arrivée, bâtiments visités après l’explication, mais par les clés de lecture données avant la visite qui m’ont en quelque sorte préparé à la redécouverte du site.

 

HK42 Corbusier 4

 

Qu’il semble agréable de déambuler à travers le site de Firminy-Vert avec la classe malgré le froid qui aurait pu nous décourager ! Nous sommes un groupe disséminé à travers le stade, lui-même dominé par les gradins Le Corbusier qui ont laissé perplexe nombre d’architectes ; nous sommes un groupe compact à l’intérieur de l’Église Saint-Pierre, achevée récemment et dont la hauteur, 29m, nous rend confus. Ce lieu se voulait rempli d’une certaine spiritualité : tout était fait pour diriger la lumière, notamment la reproduction de la constellation Orion. Le plafond se compose du cercle de la transcendance et du carré de l’immanence, qui mesure près de 2m. Sommes-nous alors censés savoir que la fréquence des messes y est faible sous prétexte qu’une partie du bâtiment a été subventionnée par l’État et qu’il est à la charge de Saint-Étienne Métropole ?

 

 

Sortons de l’église, dans le froid et dirigeons-nous maintenant vers le point d’orgue de l’après-midi, l’Unité d’Habitation. C’est la première fois que je m’y rends car la présence d’un guide est nécessaire pour que ses portes nous soient ouvertes. C’est un immeuble immense et les couloirs font bien de porter le nom de « rues ». Sur les 414 logements, nous visitons l’appartement-témoin, inchangé depuis la construction. Le groupe est partagé en deux avant de se retrouver au complet dans l’école primaire abandonnée, située au dernier étage, puis à 136 m de hauteur, en haut de l’immeuble. C’est la fin de la journée et nous pouvons nous détendre dans ce qui servait de cour de récréation. Il reste alors à dégager l’intérêt géographique d’une telle visite.

 

Le Corbusier Firminy Mars 2006-39

 

Il ne faut plus juger le côté simplement esthétique de l’œuvre corbuséenne mais aussi comprendre ses visées. La beauté n’est pas le principal but de l’architecte qui se veut le chef de file d’une nouvelle organisation urbaine, officialisée par la Charte d’Athènes en 1941. Comprendre Le Corbusier ne relève donc plus d’un raisonnement esthétique ou mathématique mais bel et bien du ressenti individuel et collectif, exalté par son œuvre.

Rédigé par Pierre DUPUY

Publié dans #travaux d'élèves

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