les "rufes" du Lac de Salgou (34)
Cette semaine, la
question du paysage fut abordée en LS 1.
Confrontés au paysage de Pierrefonds, les étudiants ont eu à réfléchir sur le constat émotionnel, la question de l’
esthétique paysagère.
Voici un extrait d’un texte d’
Alain Roger qui vient compléter cette approche et préciser quelques éléments sur le
paysage,
l’écologie, l’environnement.
Le cirque dolomitique de Mourèze (34)
Si la notion de paysage est, pour l’essentiel, d’origine artistique, le concept d’environnement est, quant à lui, d’inspiration scientifique.
On le voit bien avec Haeckel et sa célèbre définition de l’écologie (1866) : « Par oekologie nous entendons la totalité de la science des relations
de l’organisme avec l’environnement, comprenant, au sens large, toutes les conditions d’existence. » Mais c’est surtout avec Tansley et sa théorie des
écosystèmes que l’environnement se pose en concept scientifique, synthétique et conquérant, prêt à tout absorber, à commencer par le paysage. Je me garde de toute polémique quant à la prétention
de l’écologie à s’ériger en science de l’environnement. Je conviens volontiers qu’une telle prétention est fondée, que l’écologie est une science à part entière, et c’est précisément pour cette
raison que je lui dénie le droit de s’ériger en science du paysage, sous le nom de landscape ecology ou de tout ce qu’on voudra. Et je camperai sur mes
positions aussi longtemps qu’on ne m’aura pas démontré qu’une science du beau est possible, que ce dernier est quantifiable et qu’il existe une unité de mesure esthétique, ou quelque autre
étalon, analogue au décibel des nuisances phoniques. Cela ne veut pas dire qu’une étude géographique ou écologique du territoire est superflue, bien au contraire. La connaissance des géosystèmes, comme celle des écosystèmes, est indispensable, mais elle ne nous fait pas vraiment avancer dans la détermination
des valeurs paysagères, qui sont essentiellement culturelles.
Alain Roger
L'étang de l'Arnel
(Villeneuve-lès-Maguelone 34)
Les LS2 en option étudient en ce moment
la carte de Montpellier (IGN 1/25 000). La question des zones humides est
abordée ainsi que le devenir des étangs.
L’agglomération est limitée au nord par les garrigues , au sud par les étangs, il fut un temps où combler les étangs était tentant (ce que nous avons constaté sur la station de
Palavas-les-Flots).
la cathédrale de Maguelone et l'étang du Prévost (34)
Ce deuxième extrait vient compléter la réflexion.
Il faut bien reconnaître que les écologistes ont contribué, avec une efficacité que j’avais sous-estimée, à l’invention de nouveaux paysages,
à leur redécouverte, leur réhabilitation. Les marais, par exemple. Voilà une trentaine d’années, quand j’habitais Montpellier, on les taxait de tous les fléaux, insalubrité méphitique, moustiques, laideur et puanteur, ce qui confirme, a contrario, la solidarité des valeurs écologiques et
paysagères. C’était, au point de vue touristique, un obstacle majeur, qu’on se devait d’éliminer sans tarder, dans le cadre de l’aménagement du littoral. Trois décennies plus tard, je constate
qu’en Languedoc, mais aussi dans le Poitou et le Berry, les marais sont désormais protégés, sinon sanctuarisés, non seulement pour leur patrimoine
faunistique ou floristique, qu’on connaissait pourtant depuis longtemps, mais aussi pour leurs qualités esthétiques, leur valeur paysagère, comme l’a montré le
bel ouvrage de Pierre Donadieu et de son équipe, Paysages de marais. Notre regard a changé et c’est incontestablement aux écologistes, ces nouveaux «
oculistes » (au sens de Proust), que nous devons cette mutation. Ils nous ont appris à voir d’un œil « éclairé » ce qui, auparavant, nous paraissait insipide ou hostile. Les artistes (peintres,
photographes, écrivains) ont sans doute joué un rôle dans cette promotion esthétique et touristique, mais il fut secondaire. Même si je persiste à penser que les valeurs écologiques
(scientifiques) ne sont pas, en tant que telles, esthétiques, force est de constater qu’elles peuvent induire, directement ou indirectement, une vision
paysagère.
Alain Roger
La plage de Fort Bloqué : un estran sableux.
Enfin les LS1 en option découvrent eux aussi les joies du commentaire de cartes. La première carte choisie est celle de Lorient
, le mot "estran"
a été découvert par nombre d’entre eux qui ne voyaient que des plages.
Le
Fort Bloqué (56)
Ce troisième extrait est également digne d’intérêt.
Bien d’autres « inventions » écologiques sont venues enrichir notre sensibilité esthétique. L’une des plus récentes, étudiée par Clément Briandet dans le golfe du Morbihan, est l’estran, cette frange instable et fragile, que délimitent les deux niveaux,
inférieur et supérieur, des marées. Longtemps perçue comme une zone ingrate, vouée à la vase et à la boue, elle devient aujourd’hui, grâce à l’écologie, un laboratoire fabuleux de la Vie, et elle
acquiert, du même coup, une valeur paysagère qu’on lui déniait encore, voilà quelques années, au point que l’on a pu parler d’une « esthétique de la marée basse ». Et puisque nous sommes en
Bretagne, n’oublions pas la lande, considérée depuis toujours comme un « mauvais pays », le contraire d’un paysage, et qui, dans le regard des Bretons, il est vrai désabusés par l’agriculture
intensive et la pollution visuelle et olfactive de leur environnement, prend une valeur paysagère qu’on n’eût jamais imaginée au siècle des Lumières, quand Arthur
Young, traversant la Bretagne, ne savait que se lamenter : « Des landes... des landes... des landes... » On peut même se demander si la friche, honnie des paysans, n’est pas en train
d’accéder à la dignité esthétique, toujours grâce aux écologistes, même s’ils s’autorisent, à tort, des travaux de Gilles Clément sur le « jardin en mouvement », puisque ce dernier n’est, en aucune façon, un simple abandon aux déterminismes naturels. Sinon, pourquoi aurait-on besoin d’un jardinier, «
planétaire » de surcroît ?
Alain Roger
Vous trouverez
la totalité de ce texte ici sur ce site que je viens de découvrir.
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