Les territoires inégaux de la santé

Publié le 29 Septembre 2008

Compte rendu de l''émission Planète Terre sur les territoires inégaux de la santé.
Emission diffusée sur France Culture le 6/02/08.


La Réunion Photo Clément Arnal

Invités de Sylvain Khan :
    Stéphane Rican.  Université Paris X - Nanterre Département de géographie
    Zoé VAILLANT est maître de conférences à l'Université de Paris X Nanterre

La géographie de la santé cherche à démontrer les disparités spatiales de santé, afin de "montrer les combinaisons de facteurs qui, sur un espace donné, exposent différentiellement des populations à certains risques sanitaires et qui distribuent inégalement dans l'espace des populations exposées à tel ou tel risque propre".
Zoé Vaillant.

Zoé Vaillant est Maître de Conférences à l'Université Paris X. Elle enseigne dans le master de géographie de la santé et est membre du laboratoire Espace, Santé et Territoires.

Salazie : La Réunion Photo Clément Arnal

La géographie de la santé est une géographie sociale qui s'attache plus aux populations qu'aux maladies.
La géographie de la santé cherche à comprendre la distribution spatiale de la mortalité, des causes de décès, des maladies et des comportements des individus relatifs à leurs corps et à la vie, comme la sexualité, l'allaitement, les habitudes alimentaires. S'attachant à connaître les populations plutôt que les maladies, la géographie de la santé met à jour des disparités spatiales qui les caractérisent et cherche à rendre compte.

   Zoé VAILLANT a fait des études de géographie à l'université de Nanterre depuis le DEUG jusqu'à un doctorat, avec une prédilection pour la géographie sociale et la géographie de la santé.
 Elle vient de publier La Réunion, koman i lé ? Territoires, santé, société (PUF 2008, coll. Partage du savoir).   
Notice de l'éditeur :
En 1792, alors que la France fonde la République et fait figurer en tête de sa Constitution : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits », les colonies demeurent des espaces d'exception et d'arbitraire où se pratique l'esclavage. Ce soubassement inégalitaire fondamental de la société réunionnaise actuelle joue encore aujourd'hui dans les processus de construction territorialisée de la santé que l'auteure propose de faire découvrir.


En quoi le fait de vivre ici ou là peut-il contribuer à dégrader ou améliorer la santé ?
Ce ne sont plus seulement des approches cartographiques mais également des approches anthropologiques. Cela casse un peu le mythe du privilège urbain, l'idée selon laquelle le milieu urbain serait mauvais pour la santé ou plus proche d'une offre de soins.
Travailler sur les constructions socio territoriales de la santé, en abordant la santé d'après le ressenti des habitants (koman i lé ? en créole) en regardant le quotidien des personnes.
Comment est-ce que l'on se sent ? (la construction du sentiment de soi)
Zoé Vaillant explore les pistes des représentations individuelles ou collectives sur les pratiques de l'espace, les modes d'appropriation des instances médicales, les façons de se soigner ou d'être soigné.

On constate une dépossession collective de soi qui agit sur la santé. La dépendance des institutions d'aide et de soin enraye les possibilités de se soigner. Le recours à ces instances d'aide modifie le rapport à la santé et à soi.
La géographe analyse les rapports de la population à l'alcoolisme et confronte les réactions des populations face à ce problème dans les deux quartiers étudiés. Elle     analyse non l'alcoolisme lui même mais la spécificité du lieu.

Qu'est-ce qui fait que, au-delà de leurs caractéristiques sociales et individuelles propres, les populations seraient plus ou moins exposées à des risques selon les lieux où elles vivent ?

Partant du ressenti des habitants de deux quartiers en grande difficulté de l'île de la Réunion qu'elle a côtoyés pendant plusieurs mois, l'auteure explore les canaux par lesquels passe la construction de ce « sentiment de soi » individuel et collectif. Pour saisir et restituer ce mouvement qui relie santé et territoire, l'ouvrage emprunte à la géographie, à l'histoire, à la sociologie et à l'anthropologie. Il fait entrer le lecteur au coeur des contradictions de la société créole réunionnaise et décrypte une part des mécanismes à l'oeuvre dans la pérennisation des inégalités.


Grand Ilet : La Réunion Photo Clément Arnal
Table des matières :

LA REUNION : UN CLOISONNEMENT SOCIAL ET PARTIAL

    * Emboîtements multiples d'une société compartimentée
    * Cloisonnement social, cloisonnement spatial : des espaces typés
    * Une société bâtie sur des bases instables

RAVINE DANIEL, RIVIERE DES GALETS : DE LA PAUVRETE A L'EXCLUSION SOCIALE

    * Pauvreté et insertion dans un monde qui se tient
    * Inactivité et exclusion sociale : le monde des habitants

LE QUARTIER, ESPACE DE REPLI AMBIGU

    * L'espace devenu étranger : la séparation entérinée
    * Enchevêtrement et ambiguïté relationnels
    * Violence en spirale et atteinte à la confiance

HOMMES-FEMMES : LA SEPARATION

    * Les femmes l'angoisse du retrait
    * Les hommes présence tapageuse et angoisse du vide

PAROLE ET ACTION PARALYSEES

    * Crise et légitimité le malaise dans l'institution
    * L'association, lieu de parole ambigu
    * Trajectoires d'action illisibles et motivation brouillée

SOIGNER, ÊTRE SOIGNE, SE SOIGNER, L'ALTERATION DES TERMES DE L'ECHANGE

    * Le malaise entre système de soins et patients : un dialogue brouillé
    * Absence de projet politique de santé
    * Construction sociale des besoins



Stéphane Rican souligne les contrastes de la mortalité en insistant sur la persistance de la composante régionale des inégalités.
On a ainsi une opposition entre les régions du Nord (une sorte de T sur la carte qui va de la Bretagne à l'Alsace et qui descend via la Champagne vers l'Auvergne) plus touchées par la mortalité  et les régions du sud (un U de sous mortalité). De nouvelles fractures apparaissent entre le centre et la périphérie des villes. A l'échelle urbaine surgissent d'autres formes de disparités (entre quartiers d'une même ville).



Cela s'explique dans la persistance de conduites ou d'habitudes régionales comme fumer, boire, manger ou se soigner.
Les rapports sociaux , les rapports à la maladie sont différents d'une région à l'autre.
La santé constitue un très bon marqueur des mutations socio-économiques des territoires français (chômage ou désindustrialisation par exemple).
Les zones d'industrialisation divergent avec la persistance des plus faibles espérance de vie française dans le Nord et les mutations récentes en Bretagne (le bassin rennais est passé d'une très faible espérance de vie dans les années 70 à une des meilleures actuellement). Cela traduit bien les mutations économiques et changements sociaux de ce basin rennais.
Les habitudes alimentaires soulignent des oppositions assez fines au niveau régional.
Pour l'allaitement maternel l'opposition est de type Est Ouest (France du « biberon » à l'Ouest).



Pour les deux sexes, c'est dans la moitié nord de l'hexagone que se situent les régions où la mortalité est la plus élevée. Avec des espérances de vie masculine de 72,6 ans et féminine de 81,0 ans, le Nord - Pas-de-Calais occupe la position la moins favorable. L'espérance de vie des hommes y est inférieure de 3,1 ans à celle de l'ensemble de la métropole et de 4,7 ans à celle de l'Île-de-France.
Source : INSEE



S. Rican revient sur la géographie de l'alcoolisme et les disparités régionales avec des écarts considérables d'une région à l'autre (de 1 à 10). Le nord ouest de la France est très marqué par les causes de décès liées à l'alcoolisme.
Les approches qualitatives permettent d'aller au delà des simples constats cartographiques.
La mortalité sur la route démontre également des comportements régionaux différents sur la route (surmortalité des jeunes dans le sud ouest ou les zones rurales). Mais cela demande une évaluation de nombre de km parcourus.

Retrouvez le podcast de cette émission sur le géopodcast de François Arnal.

 

Rédigé par François Arnal

Publié dans #prépa ENS LSH

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